Une Bee sur les terres des Raramuri Part VI : perdues dans la nuit…

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Dans la partie précédente, je venais de franchir MON Everest, ce fameux pont suspendu au-dessus d’un rio presque à sec qui avait engendré plusieurs nuits de cauchemars et donné lieu à moultes séances d’hypnose et de méditation avant mon départ – je vous reparlerai après la fin de mon récit de cette préparation.

Après tant d’épreuves, je me disais alors que le plus dur était passé : nous approchions d’une bonne centaine de kilomètres et nous allions aborder des terrains plus propices à la course pour rejoindre en fin de challenge des pistes.

Courir en hors-piste est usant et demande une concentration maximum pour anticiper les appuis sur des terrains glissants et changeants.

Ajoutez à cela les démons de la Bee – vertige et phobie du vide – et vous obtenez rapidement un cerveau en surchauffe.

Mais d’autres paramètres redoutables allaient aussi changer la donne sur cette deuxième partie de course : la fatigue et la chaleur qui ont malmené nos organismes et ont quelque peu altéré notre mental…

Des montées sans fin

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Après une telle portion de parcours, je me sentais rassurée : j’avais fait le plus dur, plus rien ne pouvait m’arrêter.

Témoin de notre calvaire, ma jupette WAA, déchirée sur la fesse : la descente dans les cactus avait même entamé le shorty.

Que pouvait-il nous arriver de pire à présent ?

Sereines, nous avons poursuivi notre périple avec une énorme montée en zigzag, suivies de notre fidèle Raramuri balai, le sieur Lolo.

Mais après un tel début de journée, notre sac à dos fort lourd nous a semblé peser une tonne entre le dénivelé et la chaleur.

Nous avons bien vite compris que la gestion de l’eau allait être capitale.

Nous avons cheminé plusieurs heures sur cette montée usante et interminable, nous octroyant des pauses fréquentes et nécessaires.

Vous connaissez cette expression issue d’une célèbre publicité « Quand y’en a plus, y’en a encore » ?

Elle résume véritablement ce que nous avons vécu : à peine avions-nous franchi un sommet, espérant que ce soit l’issue de la portion, qu’un autre apparaissait immédiatement : on aurait pu rebaptiser notre périple « l’histoire sans fin ».

Même notre Lolo local a manifesté des signes de fatigue et de lassitude !

La preuve : plusieurs fois, il a tenté de nous écarter du droit chemin pour nous faire prendre des raccourcis raramuri.

Si nous nous sommes fait avoir une première fois, nous n’avons pas cédé les suivantes, en voyant les raidillons qu’il nous proposait d’emprunter pour gagner un peu de terrain.

« Non, Monsieur Lolo, nous ne sommes pas des chamois nés avec des huarachis aux pieds ! Nous tenons à notre vie ! »

Constatant notre manque de témérité, il a fini par s’effacer pour nous laisser suivre les traces matérialisées par un ruban rose et des confettis.

Comme je vous le disais précédemment, cette interminable montée est certainement la portion qui nous a demandé une gestion très stricte de l’eau : hors de question de ne pas recharger nos bidons sous peine d’être déshydratées !

Avec ma Mimi, nous avons scrupuleusement rempli nos gourdes dès que nous trouvions un point d’eau : la Micropur a été une bénédiction sur cette portion parsemée de bouses et excréments divers.

Mais la Bee a découvert que quand on a soif et qu’il est essentiel de boire pour avancer, on ne fait pas la fine bouche : alors que nous nous étions arrêtées pour recharger, j’ai eu un haut le cœur en voyant les eaux souillées – excréments d’animaux baignant dans les trous d’eau, bêtes étranges sous les rochers… – qui allaient nous servir de breuvage.

Imaginez transformer une eau trouble avec des particules en suspension en un liquide cristallin et potable ! Micropur l’a fait ou du moins a eu cette ambition !

Que dire de Lolo qui, voyant mon dégoût et mon désarroi devant ces trous d’eau infestés, a voulu me rassurer en buvant à pleine bouche l’eau croupie dans laquelle baignait une fiente !

Mimi et moi avons tout fait pour économiser nos gourdes précédentes et boire le moins possible de cette eau : j’ai prié intérieurement pour ne pas même y tremper mes lèvres, sentant poindre la menace d’une bonne gastro.

L’arrivée à Churo

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Petit à petit, les sentiers se sont transformés pour devenir plus praticables : adieu les pierres, place au sable !

Nous n’avions plus qu’une hâte avec Mimi : aborder le plateau qui devait nous mener à Churo, au CP 3.

Sans doute est-ce la fatigue, mais nous avons eu un énorme fou rire quand j’ai raconté à Mimi que j’avais compris que Lolo me proposait d’aller boire avec lui un énorme coca et de manger une pizza dans un village tout près.

Ah les joies de la barrière de la langue !

Peut-être exprimait-il tout simplement son envie de boire et de manger un bout, mais ce qui est certain, c’est que cette anecdote m’a redonné de la vigueur et m’a fait oublier notre lassitude jusqu’à l’arrivée sur le plateau.

Enfin, nous avons aperçu des habitations : après avoir cheminé plusieurs dizaines de kilomètres dans des espaces immenses et désertiques, nous revenions enfin à la civilisation !

Que dire quand au milieu des champs, nous avons aperçu la petite habitation Raramuri qui allait nous servir de CP !

Tiphaine, l’adorable kiné, nous a accueillies à bras ouverts : un peu de chaleur réconforte dans de tels moments !

Nous avons un peu mangé et j’ai décidé d’abandonner quelques instants Mimi entre les mains expertes de Tiphaine, pour aller faire une micro sieste dans une tente installée au milieu d’un genre de grange.

Tiphaine avait évoqué la présence d’un homme armé sur ce CP pour surveiller la propriété – ah ! Les joies de l’insécurité au Mexique ! – et j’avoue ne pas avoir dormi sur mes deux oreilles pendant cette pause.

Sans compter les courants d’air qui ballotaient ma toile de tente et les poules qui sont venues jusque dans mon dortoir !

Dépitée, je suis sortie rejoindre les filles et nous avons décidé de reprendre notre route, quitte à courir de nuit pour rejoindre le CP 4 et ne pas prendre trop de retard.

Quelques plaisanteries plus tard, nous reprenions notre périple vers San Isidro, le CP 4…

Des lueurs dans la nuit…

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À ce stade de notre aventure, nous venions d’enquiller 5 500 mètres de D+ en hors-piste.

Nous nous doutions donc qu’il nous restait de belles portions de montées, mais nous avions lu sur le road book qu’il était possible de courir.

La première partie du parcours traversait une somptueuse forêt de pins, aux senteurs agréables.

Nous avons pu jouir de magnifiques panoramas sur la Barranca, baignés dans une jolie lumière.

Il nous a fallu ouvrir et refermer de nombreuses barrières pour le bétail.

29 kilomètres nous séparaient de San Isidro, ce qui nous semblait être une bagatelle.

Nous cheminions tranquillement en espérant arriver vers minuit à ce fameux CP.

La nuit est tombée petit à petit et nous avons dû allumer nos frontales assez rapidement.

Puis nous sommes arrivées dans un village où nous avons aperçu des lumières.

Est-ce la hâte de parvenir au CP qui nous a fait rater un balisage ?

Je plaisante en voyant sur ma droite un cimetière : j’évoque avec Émilie le fameux film « Coco » que mini Bee et moi sommes allés voir quelques semaines plus tôt.

Nous rions – peut-être pour nous rassurer – et commençons alors à chercher les lumières du CP : j’ai oublié de vous dire que ni l’une ni l’autre n’avions de montre en marche pour comptabiliser les kilomètres restants.

Nous pensons, d’après nos estimations, être à bon port.

Mais alors, où est le fameux CP ?

Nous nous dirigeons vers des lumières sur notre gauche, comme indiqué dans le road book : mais rien !

Nous décidons de rebrousser chemin, mais revenons bredouilles sur nos pas.

Plus de balisage et toujours cette fichue intersection qui nous pose problème : après une bonne heure, il faut se rendre à l’évidence, nous sommes perdues !

Transies de froid, nous nous changeons : Mimi m’a fait part d’une douleur à la cheville et j’avoue être assez inquiète.

Je décide d’appeler Jean-François qui me donne une réponse digne de la Pythie – cette prêtresse grecque qui mâchait des feuilles de laurier rose et entrait en transe pour faire ses prédictions difficilement interprétables :

« Les filles, vous n’êtes pas encore au CP 3, il n’est pas dans le village. D’autres coureurs ont appelé : poursuivez, les enfants du village ont dû enlever le balisage. Faites-vous confiance ! »

Se faire confiance ? À une heure du matin, au milieu de nulle part, quand tu es éreintée et que ta partenaire manifeste de la souffrance ?

Je commence à maudire Jean-François et toutes les caillasses de la terre !

Mais nous finissons par trouver un signe et abordons une nouvelle montée interminable.

Mimi se plaint plus fréquemment de sa cheville, ne parle plus.

Je l’entends parfois gémir, mais me refuse à lui demander si ça va ou si elle veut qu’on s’arrête : la compassion dans ces moments là peut être nuisible, je suis mon intuition et fais la sourde oreille.

J’aperçois de la lumière et lui dit que ce doit être le CP, que nous sommes presque arrivées.

Mais il n’en est rien : ce n’est que Dame Lune qui joue avec sa lueur à travers les arbres et génère des mirages dans l’esprit de la Bee.

Je me laisse berner plusieurs fois par ce halo, mais ce faux espoir vient baisser le moral des troupes à chaque fois.

Je décide de me taire, car je sens bien que Mimi est à bout de forces : sa cheville est noire et gonflée. Je suis inquiète…

Combien de temps allons-nous encore errer dans ces massifs rocailleux ?

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Une photo prise à l’arrivée avec Lolo, notre indien Raramuri balai

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Une Bee sur les terres des Raramuri Part V : mon cœur fait boum !

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Je vous avais quittés au CP2 de mon aventure mexicaine, laissant planer un peu de suspense quant à la suite de mon aventure.

Nous nous étions arrêtés avec Delphine et Benoît après 56 kilomètres de course, soit 13 heures 30 minutes d’efforts.

Nous avions prévu de nous restaurer et de nous reposer pendant une bonne heure et de repartir à 21h30 pour profiter de la fraîcheur de la nuit pendant la portion qui s’annonçait des plus difficiles : des sentiers étroits en dévers à flanc de montagne avec une vue vertigineuse sur le rio en contrebas.

Jean-François avait bien insisté lors du briefing : « Vigilance extrême sur cette portion ! Christelle, c’est l’endroit où tu risques d’être sujette au vertige, n’hésite pas à le faire à quatre pattes ! Si vous tombez, rien ne peut vous rattraper. C’est dangereux !»

Inutile de vous dire que la Bee a eu des sueurs froides après un tel discours !

Entre le pont suspendu du départ et les sentiers vertigineux jusqu’au CP2, je ne voyais pas ce que je pouvais vivre de plus coriace !

Et pourtant, je n’étais pas au bout de mes surprises et de mes frayeurs…

Quand la Bee change d’optique

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Alors que je venais de finir mon riz au lait aux framboises lyophilisé – plat digne d’un dessert trois étoiles dans de telles conditions – j’ai demandé à Charlotte, l’une de nos kinés de choc sur la course, si elle pouvait soulager mes mollets qui s’étaient durcis à cause des descentes.

J’ai découvert qu’elle avait des doigts de fée, puisqu’en un rien de temps, mes muscles endoloris ont été soulagés.

Catherine est ensuite arrivée, dépitée et déconcertée : elle souffrait d’une insolation et de crampes. et songeait à abandonner. Elle a alors décidé d’aller s’allonger.

Mais alors que nous nous apprêtions à partir, un doute s’est installé dans mon esprit : avais-je vraiment envie de courir de nuit ? Étais-je à ma place avec le duo de choc formé par Delphine et Benoît ? Qu’attendais-je exactement de ce périple ?

J’avais passé un super début de course avec eux, ouvrant tantôt la route sur les sentiers, tantôt suivant l’un ou l’autre en me laissant porter.

Nous avions adopté un rythme dynamique dans une bonne ambiance, alors pourquoi hésiter alors que j’étais prête à repartir ?

Un déclic !

J’étais venue au Mexique pour faire une course, certes, mais aussi pour vivre une aventure humaine et jouir de chaque chose.

Il était hors de question de ne pas profiter des paysages, des personnes : nous avions longuement discuté avec Émilie dans l’avion et à l’hôtel et semblions avoir le même état d’esprit.

Je suis connue pour mon côté cash et j’ai donc annoncé soudainement à Delphine et Benoît que je souhaitais attendre Émilie, me reposer et repartir avec elle dans la nuit.

Compréhensifs, ils sont repartis immédiatement.

J’ai attendu Émilie qui est arrivée plus tard, seule.

Le binôme infernal était constitué…

Des nerfs mis à rude épreuve

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Après une courte nuit – bien trop courte – à même le sol parmi les araignées et au milieu des ronflements démentiels d’un ambulancier mexicain, nous avons repris la route pour la partie du périple la plus exigeante.

Après avoir bien positionné nos frontales sur nos têtes, nous avons repris en sens inverse le chemin périlleux qui nous avaient menées jusqu’à cette école de Guahueyvo.

26 kilomètres seulement nous séparaient de Churo, le CP3, mais j’ai vécu les 26 kilomètres les plus éprouvants de toute ma vie !

Un étrange petit indien, Lolo, d’une quarantaine d’années, nous a accompagnées sur cette difficile partie : un genre de Raramuri balai, si vous préférez !

Comme il a dû rire intérieurement en me voyant glisser sur les sentiers, poussant des petits cris, avec ma jupette déchirée !

Tantôt droite dans mes baskets, tantôt sur les fesses, j’ai avalé les kilomètres, rongeant mon frein lors des portions vertigineuses.

Mais le plus dur n’allait pas être les sentiers à pic dominant le vide, mais la descente de la forêt de cactus.

Imaginez d’immenses cactus plantés sur une côte à pic dans un canyon : vous avez le toboggan le plus vertigineux au grand désespoir de la Bee.

L’alternative ?

Tu tombes et tu te rattrapes à un cactus en t’empalant dessus, ou tu arrives sain et sauf après avoir récité cent « Ave pater » et 400 « Ave Maria ».

À ce moment là, Jacques Dutronc a du souci à se faire : pour me donner du courage, j’entonne la célèbre chanson « Les cactus », faisant esquisser un sourire à Lolo.

Je descends en même temps sur les fesses – que je serre d’ailleurs très fort -, agrandissant mon trou – est-ce possible ?- déjà énorme sur la jupette.

Une descente vertigineuse qui semble sans fin : le cauchemar !

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Soudain, en contrebas, un pont : LE pont !

Qui veut la mort de la Bee ? Ce cauchemar ne s’arrêtera donc jamais ?

J’arrive enfin sur du plat, Émilie m’attend : je me sens épuisée nerveusement.

Elle m’annonce que l’épreuve du pont arrive – on se croirait dans un jeu familial de la TV, genre « Fort Boyard » !

Étrangement, je ne me sens pas trop mal, boostée par le précédent challenge relevé : la fatigue nerveuse a-t-elle anesthésié ma perception du danger ?

Nous escaladons un gros bloc de béton à l’aide de câbles maintenant le pont, et à peine ai-je le temps de dire « ouf ! » que nous nous retrouvons sur des planches branlantes : de vrais Indiana Jones au féminin !

J’applique tant bien que mal les consignes de ma sophrologue Morgane – ah ! Les ponts virtuels me reviennent en mémoire ! – et l’exercice se passe plutôt bien, puisque nous évoluons assez rapidement sur cette balançoire tant redoutée.

J’arrive avec soulagement de l’autre côté du pont, encouragée par Émilie : je finis dans ses bras, épuisée mais heureuse.

À en croire le road book, nous venons d’effectuer la portion la plus difficile : nous reprenons donc notre route, confiantes…

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À suivre…

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Merci pour vos retours.

Une Bee sur les terres des Raramuri Part IV : seuls au monde !

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Mardi, je vous laissais sur votre faim, aux portes de la fameuse Barranca del Cobre : la Bee venait effectivement de franchir un premier pont suspendu, avant d’emprunter le « sentier touristique » partant de Divisadero et surplombant les canyons.

Nous avons cheminé avec légèreté sur cette promenade, sondant d’un oeil les vertigineux canyons dans lesquels nous allions descendre : notre terrain de jeu pour les quelques jours à venir.

Avez-vous déjà eu l’impression d’être face à un obstacle insurmontable ?

La première fois que j’ai vu le massif de la Chartreuse – en préparation de l’UT4M, un bloc minéral posé sur des prairies, je me souviens avoir dit à mon coach trail Nicolas : « Mais il est impossible d’accéder à ce sommet ! ».

Comme vous le savez, je suis Limousine et ai des origines bien terriennes : le milieu montagnard m’était jusqu’à l’année dernière inconnu.

Je disais détester la montagne parce qu’elle me faisait peur, parce que j’avais le vertige et que dans mon esprit, on montait presque en escaladant pendant les courses.

J’ai découvert cet univers avec un amoureux de la nature et après avoir fait tout un travail sur mon vertige que j’ai d’ailleurs poursuivi pour l’Ultra Run Raramuri : mon expérience sur l’UT4M a été une vraie révélation.

Je me suis rendu compte qu’on ne descend pas en rappel sur les trails et qu’on ne fait pas de l’alpinisme, qu’on se le dise !

Ouf, parce que je ne me sens pas encore vraiment prête pour cela comme vous vous en doutez.

Mais mon expérience dans cette Baranca dépassait véritablement tout ce que j’avais pu imaginer…

Un quatuor déterminé

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Si les douze premiers kilomètres nous ont semblé plutôt aisés, Jean-François nous avait prévenus de ne pas trop nous emballer : il est difficile pendant les 82 premiers kilomètres de courir, d’autant plus que le parcours est hors-piste.

De notre point de départ, notre hôtel Lolita Cabanas, jusqu’au CP1 à Guitayvo, nous avions 35 kilomètres à parcourir : ils nous ont permis de prendre la mesure de ce qui nous attendait…

Dans l’euphorie du départ, la Bee s’est senti pousser des ailes jusqu’au parking du téléphérique, mais en quittant la piste, elle a vite pris conscience de ce qui l’attendait : après un terrain sablonneux, le parcours s’est vite transformé en amas de rochers – un remake des 25 bosses de Fontainebleau, mais avec beaucoup beaucoup plus de bosses ! – et nous avons abordé une montée de plus de 10 kilomètres, très difficile.

Des groupes se sont créés spontanément : nous avons formé un quatuor infernal, Delphine, Benoît, Bertrand et moi, alternant course sur les portions de descentes et à peu près plates, et marche rapide dans les rochers et les montées.

Notre bonne humeur et notre excitation nous ont permis de cheminer en plein cagnard sans trop souffrir dans un premier temps.

Par forte chaleur, la principale difficulté réside dans l’hydratation : pendant le Half Marathon des Sables de Fuerteventura, j’avais pris conscience de l’importance de boire quelques gorgées régulièrement, sans attendre la sensation de soif.

La chaleur étant assez accablante, j’ai sagement respecté un écart d’une dizaine de minutes entre chaque gorgée. J’avais pris 2,5 litres d’eau ce qui me paraissait amplement suffisant.

L’une des difficultés de l’Ultra Run Raramuri réside dans le fait que les CP sont très éloignés les uns des autres : en s’hydratant correctement, il est donc difficile de les atteindre sans avoir rechargé ses gourdes dans des points d’eau indiqués sur le roadbook.

On est bien loin du confort de la plupart des courses où l’eau est disponible dans des ravitaillements fort rapprochés !

J’ai découvert l’utilisation des pastilles Micropur qui donnent un goût de piscine fort chlorée à tes bidons et à ton eau, mais qui sont indispensables au regard des eaux croupies – je n’ose repenser à ce trou d’eau avec une bouse dans lequel j’ai dû recharger !- qui constituent les seules réserves.

Nous avons parcouru de magnifiques paysages, dont cette fabuleuse arche rocheuse sur la photo…

Si beaux que la Bee contemplatrice que je suis a laissé très vite son esprit rêvasser : erreur fatale !

J’ai appris malgré moi que sur une course en hors-piste de cette teneur, une erreur d’attention peut être fatale : vers le vingtième kilomètre, mon pied, dans une descente, a heurté un énorme rocher, engendrant une douleur intense et lancinante.

Un cri de douleur ! Un échange de regards ! Delphine a compris que l’incident est sérieux. Je ne dis rien – par fierté ? Orgueil ? – mais je comprends et je sens à ce moment là que ma course a des chances d’être compromise.

Delphine ne dit rien, mais a le même ressenti : elle m’avouera plus tard avoir préféré se taire pour ne pas en rajouter, je l’en remercie d’ailleurs.

Avez-vous remarqué, dans certaines situations, comme nous sommes bons donneurs de leçons ?

Lorsque mon fils, intrépide, jouait au cascadeur dans les premières années de sa vie et prenait d’impressionnants gadins, je contenais mon anxiété en n’accordant en apparence que peu d’importance à ses petits accidents, alors qu’au fond de moi, je bouillais d’inquiétude : parfois, il se relevait et faisait abstraction du bobo, parfois il fallait appeler le 15 !

La stratégie de Delphine, digne de celles que je pratiquais avec mon chérubin, a bien marché : tout le monde a repris la course, sans rien dire.

Que faire ? Je n’allais tout de même pas rendre les armes au début d’une si merveilleuse aventure ?

J’ai essayé de bouger mon orteil tout en courant, une douleur insupportable traversait mon pied : fracture ? Non, ma souffrance semblait plutôt venir de l’ongle.

Mon côté Bee girly s’est alors réveillé : zut ! J’étais quitte à avoir un ongle noir dans le meilleur des cas, ou un orteil à vif.

Adieu les pieds de Bee sexy sur la plage cet été ! Il allait falloir user de ruses.

J’ai chassé mes idées négatives en me concentrant sur le parcours et les paysages aux alentours : une nature à la fois hostile et intrigante, sauvage, avec un sol jonché de roches coupantes.

Mais le paradis se mérite et il nous restait quelques kilomètres avant de l’atteindre…

Un premier CP ombragé

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Nous sommes parvenus sous une chaleur écrasante au CP1 de Cuitayvo, après avoir longé un immense plateau.

Les Indiennes présentes nous ont proposé un verre de coca, de la viande séchée et des pots de soupe déshydratée.

Nos comportements sont parfois surprenants lors de telles aventures : on ôte ses barrières, on bouleverse ses convictions, on se révèle.

Je ne bois jamais de coca, par goût et parce que cette boisson est liée à un souvenir traumatisant.

Mais avec cette chaleur et mon ventre gargouillant depuis plusieurs heures, j’ai suivi mon intuition : quel bonheur de sentir la fraîcheur de cette multitude de petites bulles !

Sujette en temps normal aux problèmes d’intestins sur les ultras, j’ai l’impression que d’avoir bu quelques verres pendant la course a eu un effet bénéfique. J’ai aussi pris un pot de soupe déshydratée, plus pour m’alimenter que par goût.

Puis je suis allée voir les petits indiens qui jouaient sous les arbres de ce CP : une conversation muette par gestes, quelques échanges de regards empreints d’une curiosité réciproque. Une photo !

Nous n’avons pas fait une trop longue pause, car nous avions un objectif commun très clair en tête : lorsque Jean-François nous avait détaillé le roadbook quelques jours plus tôt, un point avait retenu toute notre attention.

Nous devions en effet nous rendre au fond d’un canyon où serpentait un magnifique rio, aux eaux pures et limpides et nous avions pour ambition d’y arriver avant la tombée de la nuit, d’autant plus qu’il fallait le traverser à l’aide d’une corde sur environ 300 mètres.

Jean-Pierre Giorgi qui avait fait la course l’année précédente m’avait fait rêver en évoquant ce passage : mon imagination avait immédiatement replongé dans les classiques étudiés au lycée avec le mythe du bon sauvage.

Imaginez le privilège de se retrouver dans un tel endroit, au milieu – ou plutôt au fond – de nulle part, foulé seulement par une poignée d’hommes !

Deux journalistes, venues faire un reportage sur la course, Emma et Fabienne, ont décidé de nous accompagner entre les 2 CP, mais chargées de leur matériel, nous les distançons assez rapidement.

21 kilomètres nous séparaient du CP2 que nous comptions atteindre vers 21 heures.

Nous avons foulé un superbe parcours, très technique et très glissant, en descente.

Une fois de plus, pas question de laisser son esprit divaguer : un deuxième heurt dans un rocher m’a rappelée à l’ordre et a amplifié ma douleur à l’orteil déjà bien présente.

La chaleur me tape sur le système, je bois plus de gorgées espérant rapidement atteindre le paradis tant attendu pour faire des réserves.

Mais si à maintes reprises on en a entendu le doux ruissellement, nous ne l’avons atteint que tardivement.

Je trébuche plus fréquemment et sens la déshydratation poindre : je n’ai plus d’eau et pas le moindre point indiqué aux alentours par le roadbook.

Delphine me donne une petite gourde : est-ce la douleur ou la chaleur qui m’ont fait perdre la notion du temps ?

Alors que je m’interroge sur ma gestion de l’eau, Delphine m’appelle : elle vient de trouver notre championne, Catherine, en larmes, en contrebas du sentier.

Cette dernière, dépitée, nous explique qu’elle a eu un coup de chaud, une insolation et qu’elle ne sait si elle va poursuivre l’aventure.

Nous la motivons pour qu’elle vienne avec nous jusqu’au rio qui est proche : nous sommes tous pressés d’arriver à ce paradis…

Au coeur du paradis

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Enfin, nous l’atteignons et il est à la hauteur de mes espérances : imaginez un sable blanc, sans traces, baigné par le clapotis du rio, parsemé de quelques rochers. Une nature vierge.

Cette image restera longtemps gravée dans ma mémoire et donnera certainement lieu à bien des séances de méditation.

Nous nous arrêtons et j’en profite pour étancher ma soif : j’étais au bord de la déshydratation et ce cours d’eau salvateur, le rio Urique, m’a comblée.

Il est malheureusement trop tard pour songer à se baigner – un de mes délires de Bee déjantée – car nous allons reprendre de l’altitude pour aller jusqu’au CP2 et les nuits sont fraîches, mais nous nous consolons en nous disant que la traversée du rio avec la corde nous servira de séance de cryothérapie.

Bertrand enfile ses aquashoes – un moment mémorable qui lui a valu quelques boutades – alors que le reste de la troupe décide de garder ses chaussures : intérieurement, je me dis que la fraîcheur de l’eau peut avoir un effet anesthésiant sur ma douleur.

Je profite pleinement de cette traversée, semblable à une exploratrice des temps modernes qui découvrirait une terre inconnue.

L’eau qui m’arrive à mi-cuisse réconforte et apaise mes muscles endoloris.

Pour mon pied, c’est une autre histoire !

Catherine me demande de l’aider à remettre ses chaussures, ses crampes lui génèrent des douleurs insupportables. Je lui donne les derniers cachets de mon tube de Sporténine.

Puis nous décidons d’avancer avec Delphine et Benoît, comme la nuit descend peu à peu dans le canyon : nous allumons nos frontales pour gravir une longue montée très éprouvante de 8 kilomètres.

La fatigue se fait sentir, les pauses sont plus rapprochées : nous essayons avec Delphine d’alterner pour la reconnaissance du sentier.

Nous nous perdons un peu mais finissons par apercevoir les lumières du village : elles nous semblent proches, mais les apparences sont trompeuses.

Je suis éreintée et n’ai qu’une hâte : manger.

Je me rends compte que la configuration du parcours a changé : nous évoluons sur des singles fort étroits et même si je ne distingue pas grand chose, je sens que le vide est proche.

Quelques kilomètres plus loin, nous distinguons la silhouette et la voix de Charlotte, une des charmantes étudiantes kinésithérapeutes sur la course, qui vient nous accueillir.

Il est 20h15 et nous décidons avec Benoît et Delphine de faire une pause d’une heure avant de repartir et de courir à la fraîche.

Mais les choses ne vont pas totalement se passer comme prévu…

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Suite à venir…

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Une Bee sur les terres des Raramuri Part III : un départ sur les chapeaux de roues !

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Dans la partie précédente, je vous contais ma rencontre avec les Raramuri et mes préparatifs pour la course. Je reviendrai d’ailleurs bientôt avec davantage de précisions sur le contenu de mon sac et mes incontournables gourmandises, grigris, etc.

La journée du 23 avril a été consacrée à un brief, à une rencontre dans le vif du sujet avec les Raramuri, à une cérémonie de remise des dossards, mais aussi à du repos : il faut bien récupérer après un tel voyage – 8 heures de décalage horaire laissent des traces ! – sans compter le fait de devoir s’acclimater à l’altitude et aux températures !

Mais lors de cette veille de course, mon côté Bee épicurienne rejaillit : j’ai envie d’en profiter !

La pile est en marche et l’idée d’une sieste ressourçante s’évanouit bien vite pour laisser place à une marche active avec Mimi pour se rendre au bar de Divisadero, à une dizaine de kilomètres de notre hôtel.

Mais ce que je ne sais pas encore, c’est que cette sortie aux allures touristiques et aux apparences légères va me faire glisser d’emblée dans une situation cauchemardesque…

Un pont c’est tout !

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Après avoir chantonné et déliré sur la route sablonneuse menant à Divisadero, évité quelques meutes de chiens, photographié sous tous les angles une station de gare du fameux El Chepe, nous sommes allées prendre un pot avec Mimi pour nous détendre et avons retrouvé Sander et Mehidy au bar, qui avaient eu la même idée.

Mais au moment de partir, nous avons voulu reconnaître un bout du parcours, tranquillement, tout en rentrant à l’hôtel.

Je ne savais alors pas que ce retour allait me confronter à ma plus grande terreur : le vide !

Un pont suspendu se trouvait effectivement sur notre chemin, dominant un précipice vertigineux – je ne pense pas exagérer en disant cela, puisque tout le monde a avoué par la suite n’avoir pas été rassuré.

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Excédée et en proie à une terreur profonde, je maudis ouvertement Jean-François qui n’a pas fait état de ce pont dans son roadbook, mais Sander et Mehidy me réconfortent en me disant qu’il est possible de le contourner.

Rassurée, je prends sur moi et mets en place les techniques de respiration apprises lors de mes séances de sophrologie avec Morgane : je crée ma bulle et tente de trouver une certaine sérénité.

Mais avant de comprendre quoi que ce soit, Mehidy me tend la main et m’entraîne sur le pont de la mort, au-dessus d’un vide aspirant.

Mes jambes flageolent, mon petit coeur de Bee bat la chamade, menaçant de crever ma cage thoracique, je me concentre sur ma respiration et sur la voix rassurante de Mehidy qui tente de détourner mon esprit vers d’autres sources d’intérêt.

Suis-je en train de lui broyer la main comme j’ai pu le faire avec le bras de Nicolas, inconsciemment, lors de ma reconnaissance de l’UT4M à Chamechaude, l’année précédente ?

En situation de vertige, je ne maîtrise rien, je perds pied : un genre de syndrome de la Tourette mêlé soit d’agressivité – relative quand même – soit de dérision.

Imaginez un cocktail détonant avec des conséquences difficiles à maîtriser…

Je respire profondément, sens les plaques du pont qui bougent, me promets de recompter chacun des doigts de Mehidy si je sors vivante de ce passage et de lui payer, s’il le faut, une greffe pour ceux qui seraient manquants au bout du compte…

Mais je touche, avant même d’envisager le pire, la terre ferme.

Je l’ai fait ! I did it ! Un moment grisant…

Moi qui n’étais pas capable de monter sur une chaise, un an et demi auparavant, je viens de franchir un précipice !

Je n’ai qu’une hâte : raconter cet exploit personnel à Jean-François qui me félicite et me réconforte en me disant que le pont mentionné entre le CP2 et le CP3 n’a rien à voir…

Forte de cette nouvelle expérience, je me sens pousser des ailes et me dis que la partie est déjà un peu gagnée.

Mais un pont peut en cacher un autre, et l’euphorie de ma récente victoire personnelle cède place à la panique et aux cauchemars pendant la nuit : je n’ai pas peur des kilomètres, mais imaginons que j’abandonne à cause d’un simple pont ? Ce pont que j’imagine depuis plusieurs semaines tenant entre deux cordes et n’offrant un passage pas plus large que l’un de mes pieds ?

Je ne peux trouver un sommeil serein, trop excitée à l’idée de prendre le départ d’une telle aventure, mais gardant aussi en tête qu’il me faudra passer plusieurs obstacles qui mettront mes nerfs à rude épreuve.

Un départ retardé…

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Au petit matin, je me lève avec cette impression qui ne me quitte pas depuis plusieurs semaines : celle d’être éreintée après avoir franchi une multitude de ponts et de précipices !

Combien mon esprit aura souffert dans mes cauchemars, et que mes jambes auront gambadé !

Avant de rejoindre le groupe dans la salle du petit-déjeuner, je fais mes derniers choix, sans sourciller : tant pis pour la doudoune, elle m’attendra sagement à l’hôtel, si je parviens à franchir la ligne d’arrivée !

L’amplitude thermique risque d’être dure à gérer, mais je préfère prendre le risque d’avoir un peu froid – au pire je me dis que je courrai la nuit au frais et réduirai le rythme en journée – plutôt que de trop me charger.

Avec Mimi, nous profitons en totale décontraction – du moins apparente – de ce dernier petit-déjeuner des condamnées à partir à l’aventure : nous nous régalons de pinoletas faites maison – ce sont de petites galettes de maïs qui sont la spécialité de Chihuahua – de pancakes et de toasts grillés.

Je bois bien évidemment la potion verte de mon partenaire Boa Mon Jus pour faire le plein d’énergie.

Derniers instants dans notre monde moderne et civilisé – un bien grand mot me direz-vous quand on pense à toutes les atrocités qui y sont perpétrées !

Jean-François nous apprend alors que la course va être retardée d’une heure.

Étrangement, cela ne m’affole pas : on sera bien assez tôt dans l’arène, alors autant tourner un peu dans nos cages avant.

sandales

Je croise les Raramuri vêtus de leur genre de pagne et de leurs tuniques colorées : je prends alors conscience qu’un challenge hors du commun se prépare.

Nous allons courir contre de véritables extraterrestres chaussés de bouts de pneus – certes, il s’agira de Michelin pour certains ! – ou de sandales de plage et vêtus de simples bouts de tissus, qui vont nous pulvériser sportivement, nous qui arborerons des chaussures aux amortis dernière génération, des vêtements ultra techniques et qui transporterons le parfait petit matériel du traileur endurci, pour effectuer le parcours en doublant leur temps !

La situation me paraît tout à coup des plus cocasses, cherchez l’erreur !

Mais il n’est plus temps de laisser son esprit divaguer : le jour vient de se lever sur Divisadero, il est bientôt 7 heures et nous devons gagner le départ.

Une folle ambiance s’empare alors du groupe : émotion, embrassades, rires, stress, excitation s’entremêlent sur cette ligne de départ… jusqu’au top qui nous permet de voir nos adversaires colorés partir sur un rythme effréné, avant de ne devenir que de minuscules points à l’horizon…

En route pour les canyons !

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Quelques kilomètres nous séparent de la Barranca del cobre et nous commençons notre périple sur une route large, au milieu d’habitations.

Nous courons tranquillement pour nous mettre en jambes : seule Catherine, vêtue de sa petite jupette, s’est détachée du groupe, collant aux jupons longs des Raramurettes.

Les conversations vont bon train et les groupes se forment peu à peu, jusqu’à la fameuse ambulance de Divisadero que nous devons contourner et qui nous permet de voir l’avancée de la course.

Nous apercevons enfin la somptueuse Barranca, minérale, qui semble nous lancer un appel : l’aventure est à nos pieds, nous ne l’avons encore jamais foulée d’aussi près.

Je n’ai alors qu’une obsession en tête : le pont de la veille !

Il faut absolument que j’accroche le groupe et que je ne me retrouve pas seule à franchir ce premier obstacle éprouvant.

Delphine chemine à mes côtés et perçoit certainement mon appréhension en me disant que nous serons plusieurs et que ce ne sera pas plus dur que la veille.

Mais mes entrailles et mon esprit ont imprimé ce souvenir traumatisant et me rappellent à l’ordre.

Je me concentre sur ma respiration et des visualisations positives à l’approche de l’obstacle, mais une main familière vient chercher la mienne pour me guider et me rassurer : Mehidy a une fois de plus pris les devants et le premier pont, bien qu’impressionnant et marquant l’entrée dans les canyons, ne devient alors plus qu’une formalité…

L’aventure peut commencer dans la Barranca…

À suivre…

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Je vous remercie par avance…

 

 

 

Une Bee sur les terres des Raramuri Part II : Roadbook et installation

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Dans la première partie de mon récit, je vous ai laissés à bord du célèbre train El Chepe dans lequel nous avons passé des moments conviviaux entre coureurs, organisateurs, kinésithérapeutes et journalistes.

Interviews, photos, conversations débridées allaient bon train.

Mais j’ai surtout découvert un peu mon double dans le genre déjanté et j’avoue que cela m’a plutôt plu : avant l’ultra, je ne connaissais aucun des membres de notre équipe de Globe Trotteuses.

J’avais juste rencontré Delphine à une session running avec la boutique KM42 à Paris et nous avions ensuite partagé une sortie à la station de trail de Bures-sur-Yvette avec son compagnon Benoît : je savais donc que l’ambiance serait bonne sur la course, car nous étions dans la même attitude positive, fans d’aventure.

Le petit-déjeuner à bord du train nous a permis de faire connaissance avec Emilie et Catherine et d’évoquer nos visions et notre façon d’aborder la course.

Étant novice sur de telles distances, j’ai apprécié de pouvoir échanger avec des championnes de la discipline et d’avoir leurs conseils.

Mais je me suis aussi vite aperçue que nous avions un peu les mêmes délires avec Émilie. Je ne me doutais pas alors que mon aventure allait devenir « notre aventure » et que nous allions passer des moments aussi déjantés.

Un seul point à bord est venu me rappeler que nous ne partions pas en colonie de vacances, mais bel et bien pour un ultra trail réputé extrêmement difficile de 190 kilomètres et 10 000 de D+ : le roadbook distribué par Jean-François…

Un roadbook qui annonce la couleur

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La lecture du roadbook m’a immédiatement plongée dans une réalité : la montée à bord de El Chepe m’avait transportée dans un autre univers et à une autre époque, me faisant vivre un rêve éveillé.

Celui d’une petite fille qui partageait avec ses parents devant le petit écran ses désirs d’évasion et sa curiosité.

Mais il allait falloir prochainement passer aux choses sérieuses : l’ultra trail !

La Bee à ce moment là a eu comme un coup de sang !

J’ai alors évoqué avec certains membres du groupe mon principal point faible pour notre discipline, sur lequel je travaille depuis près d’un an : mon vertige.

En lisant quelques paragraphes concernant des passages de la course, je pense m’être en effet décomposée, voire liquéfiée : « traversée du rio sur un pont suspendu », « très longue montée éprouvante », « parcours hors-piste de 82 kilomètres avec 5 500 m de D+ »…

OK, je savais bien que je ne m’étais pas engagée pour une sortie au Club Med, mais le fait de visualiser ces mots a eu un effet choc dans mon esprit.

Allez, on rassemble ses sens ! On respire comme Morgane, ma sophrologue, me l’a si bien appris lors de nos séances, on ne laisse pas l’appréhension envahir son petit corps de Bee, il sera bien assez tôt une fois que l’on sera sur place.

J’interroge – une nouvelle fois, le pauvre ! – Jean-François sur la difficulté du parcours pour une Bee sujette au vertige et novice dans ce genre de challenge.

Il m’assure que je suis capable de surmonter ma phobie et qu’à part un passage ou deux – mon Dieu ! Mais c’est déjà suffisant pour que je reste tétanisée pendant des heures ou que je sois aspirée dans un gouffre sans fond ! – je devrais m’en sortir.

J’essaye de faire bonne figure pour masquer mon anxiété et m’en sors comme à mon habitude par une pirouette humoristique, mais au fond de mon être, mes tripes sont chamboulées.

Lorsque Fabienne et Emma, les deux charmantes journalistes de la chaîne qui diffusera notre aventure, viennent me trouver pour m’interroger sur mes motivations, je ne peux cacher mon appréhension.

Mais que suis-je venue faire dans cette aventure ? N’aurait-il pas été plus simple d’aller me tester dans une contrée moins lointaine, et pourquoi pas de trouver un endroit comme l’an dernier en France dans la Tour Eiffel – un grand moment de fierté quand j’ai dit à mon fils que nous pourrions aller ensemble au deuxième étage ! – ou encore sur le massif de la Chartreuse lors de l’UT4M ?

Non, je n’ai rien trouvé de mieux que d’aller m’engager sur un challenge qui me paraît d’un coup titanesque et dans lequel j’ai embarqué sponsors, famille et amis !

C’est bien là le côté tête brûlé de la Bee, mais que voulez-vous, j’aime l’aventure, les challenges, me retrouver en pleine nature et me confronter à mes démons, me dépasser, me dire que je suis vivante et que j’ai échappé à des situations tellement critiques que rien ne peut à présent m’ébranler.

Alors ce ne sont pas deux ou trois ponts suspendus et passages étroits au-dessus du vide qui vont m’effrayer… Quoique…

Découverte de la Barranca et installation

 

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Après 8 heures de train, nous avons enfin atteint Divisadero, le point de départ de notre course, qui culmine à 2 400 mètres.

À peine arrivés, nous n’avons eu d’yeux que pour elle, cette fameuse Barranca del Cobre, qui nous est apparue dans son immensité, minérale : des monts à perte de vue et des canyons.

Happée par ce paysage irréel, j’ai immédiatement ressenti une sorte de malaise – ou peut-être était-ce lié à l’altitude : j’avais en face de moi les fameuses montagnes auxquelles j’allais devoir me confronter !

On ne peut que rester sans voix devant un tel panorama, mais passé l’effet de surprise, j’ai immédiatement cherché – parfois je me demande si je ne suis pas dingue ! – dans ces amas gigantesques de pierres la trace de ponts de singe et autres…

En vain, bien évidemment, même si j’apprendrai plus tard que près de moi se trouvait l’un d’eux qui constituait dès le début de la course mon premier obstacle mental.

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Nous avons ensuite mangé dans un magnifique restaurant qui surplombe la Barranca avant d’aller faire un petit tour de marché : des femmes avec leurs enfants vendaient en effet certains articles locaux, comme des paniers, des bijoux, des sacs et autres pour les touristes.

Une fois nos emplettes faites, nous avons gagné l’auberge dans laquelle nous avons été hébergés : Jean-François avait trouvé plus judicieux cette année d’aller dans cet endroit pour que nous partagions quelques instants de notre quotidien avec les indiens, et j’avoue que la formule m’a immédiatement séduite, même si je trouvais absolument fabuleux le premier hôtel où nous avions mangé, surplombant les canyons.

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L’endroit était simple et sans prétention, mais chaleureux et efficace pour ce genre d’événement.

Après un repas du soir typiquement mexicain – soupe, purée de haricots et viande – nous sommes allés nous coucher avec des images extraordinaires dans notre esprit…

Une rencontre du troisième type

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Mais le plus incroyable restait à venir : nous avions une journée pour préparer nos sacs, avoir un brief et nous reposer, le décalage horaire n’aidant pas.

Mais nous avons choisi avec Émilie – que j’appellerai désormais Mimi pour plus de facilité et parce que j’affectionne ce surnom – d’aller à pied jusqu’à l’hôtel de la veille pour y boire un verre et surtout, avoir du WIFI pour donner des nouvelles à nos proches.

Nous y avons retrouvé d’autres coureurs, mais surtout, une belle surprise nous attendait à notre départ : des indiens Raramuri étaient en effet déjà arrivés pour la course – Jean-François avait été les chercher dans leurs villages avec les journalistes.

Avez-vous déjà eu l’impression d’être déconnecté temporellement ? De devenir un personnage d’une quelconque fiction ?

C’est exactement ce qui m’est arrivé en apercevant le célèbre Arnulfo dont il est énormément question dans Born to run. Eh bien ce héros, dont la photo célèbre illustre la couverture du livre, prenait vie devant moi, au bord des mythiques canyons : un rêve éveillé !

Comment ne pas être humble et intimidée devant une telle personne !

Je me suis focalisée sur ses pieds et sur les sandales – huarachi – qu’il portait.

Après deux ou trois sourires échangés, nous sommes parties avec Mimi nous préparer pour le début de notre aventure…

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À suivre…

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Une Bee sur les terres des Raramuri. Part I : en route pour Divisadero !

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Il y a une semaine, je franchissais la mythique ligne de la troisième édition de l’Ultra Run Raramuri au Mexique, après 190 km de course dans les Barrancas del Cobre – plus exactement plus de 200, vous comprendrez bientôt pourquoi ! – et un dénivelé positif de 10 000 mètres, un genre de Diagonale des Fous rallongée – sans les ravitaillements et le nombre d’inscrits – selon les dires de certains ultra runners que je côtoie et qui maîtrisent le sujet.

Une expérience magique, profonde, intérieure, qui a marqué ma vie de Bee, m’invitant à la contemplation, au dépassement de soi, à faire des rencontres extraordinaires, très riches humainement : une véritable introspection !

Je vous avais déjà présenté cette course dans un précédent article dont voici le lien, mais j’étais alors bien loin de me douter de ce qui m’attendait…

Jamais je n’ai ressenti une telle émotion en franchissant une ligne d’arrivée, jamais une aventure ne m’a paru aussi belle, ne m’a autant fait vibrer, donné des frissons, poussée dans mes retranchements.

Il faut dire que j’avais mis la barre très haut en m’engageant sur un tel challenge – une Bee phobique du vide dans des canyons avec des points culminants à 2400 m ! – dont l’évocation du D+ donne à elle seule le vertige !

Je vous propose de vous dévoiler au fur et à mesure des semaines quelques épisodes marquants de ce périple dont l’organisateur aime rappeler, à juste titre, le côté aventurier tout autant que sportif.

Mais effectuons aujourd’hui un petit bond dans le temps, au moment où la Bee s’apprêtait à prendre l’avion en direction de Mexico, à l’aéroport de Roissy…

Un vol sans encombres

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Quand on s’engage sur une telle course, il faut observer quelques paramètres non négligeables : le décalage horaire, le climat du pays et l’altitude.

Ces trois points m’effrayaient un peu, car étant une petite dormeuse et l’excitation étant à son comble depuis quelques jours, je me voyais arriver sans avoir dormi une seule heure avec une tête de Bee décalquée : des circonstances peu productives pour aborder un tel challenge.

Mais finalement, mes appréhensions ont vite été chassées, car parmi les quelques films proposés par la compagnie aérienne, certains ont eu un effet soporifique plutôt intéressant.

Parler de sommeil récupérateur serait un bien grand mot, mais j’ai pris ce qui était bon à prendre.

Nous avions tous réservé le même vol et avons pu commencer à faire connaissance jusqu’à Mexico : nous avons décollé à 11h10 et sommes arrivés à 15h51 heure locale, avec 8 heures de décalage horaire.

Nous étions huit participants internationaux et non plus 9, Benoît Girondel ayant renoncé à prendre part à la course – à mon grand regret ! – au dernier moment.

Une journaliste et une caméraman d’une chaîne bien connue nous ont accompagnés dans ce périple : surprise ! Vous pourrez découvrir en même temps que nous le reportage qu’elles ont consacré à notre course dans le courant du mois de mai !

Deux jeunes kinésithérapeutes d’une école de Rennes, dans le cadre de leur stage,  étaient aussi de la partie : Charlotte et Tiphaine, mais j’aurais bientôt l’occasion de vous reparler de ces deux jeunes femmes aux doigts de fée… et de fer ! Le père d’une traileuse de notre équipe était aussi présent.

Une escale de deux heures nous a permis de rompre la glace autour d’un premier pot, avant de prendre un vol local de la compagnie AeroMexico pour Los Mochis, qui a été une aventure à lui seul : âmes sensibles s’abstenir !

Un train mythique, El Chepe !

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Nous sommes arrivés à 20h16 à Los Mochis, une ville qui borde l’Océan Pacifique, où nous attendaient Jean-François Tantin, l’organisateur de la course, et son fidèle bras droit Romain.

J’avais pris mon maillot Speedo dans l’idée d’aller piquer une petite tête en arrivant dans le Pacifique, mais mes délires de Bee déjantée ont été bien vite réfrénés : la plage était assez loin de l’hôtel, les 17 heures de transports avaient un peu calmé la Bee, et surtout, nous avions un rendez-vous exceptionnel qui me fait encore monter les larmes aux yeux rien qu’en y pensant.

Nous devions prendre le lendemain matin, à 6 heures, le mythique train El Chepe qui relie le Pacifique à Chihuahua : 8 heures de trajet avant de gagner notre destination, la ville de Divisadero, qui culmine à 2400 mètres.

Hors de question pour la Bee de ne pas jouir de ce privilège unique !

Enfant, j’avais découvert ce train avec mes parents lors d’une émission intitulée « Des trains pas comme les autres » : combien de fois ai-je rêvé de voyager à bord de ces mythiques transports dont les noms seuls étaient une invitation au voyage…

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Inutile de vous préciser que le lendemain, à 6 heures, la Bee débordait d’énergie et avait des étoiles dans les yeux au moment de monter dans ce superbe train prêt à arpenter canyons, viaducs et tunnels.

Transition mexicaine

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Monter dans un tel train, c’est comme emprunter la porte temporelle d’un film d’anticipation : vous vous sentez immédiatement propulsés dans le passé, dans un genre d’espace où le temps semble s’être arrêté.

Près de 40 tunnels, des multitudes de viaducs, des paysages somptueux et variés, notre périple a pris des allures de séries, me rappelant indéniablement mon enfance devant « Les Mystères de l’Ouest ».

Mais si les paysages à l’extérieur étaient somptueux, ce qui se passait à l’intérieur ne l’était pas moins.

Nous avons vécu un grand moment de convivialité lié à un paramètre international qui fédère tous les individus : la nourriture.

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Quel bonheur de pouvoir commencer sa journée dans un tel train autour d’une table chargée de mets plus appétissants les uns que les autres !

On en oublierait presque le challenge qui nous attend et qui pointe pourtant bien le bout de son nez entre deux discussions légères autour de purée de haricots et de tartines beurrées.

Mais une fois nos estomacs repus, nos discussions se sont bien vite orientées vers les plats lyophilisés que nous avions tous pris pour nous redonner de l’énergie pendant la course.

De fil en aiguille, après ce petit-déjeuner gargantuesque, Jean-François nous a distribué le roadbook de la course : le ton était déjà donné…

Je ne me suis tout de même pas laissé submerger par l’appréhension à ce moment-là, préférant jouir de chaque instant du voyage : la Bee est épicurienne et ne cède aucune place aux éléments toxiques qui pourraient lui gâcher son présent.

J’ai préféré laisser mon esprit s’échapper dans les collines, profiter des images colorées offertes à chacun de nos arrêts, discuter avec mes comparses de nos vies et de la vie en général…

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La suite de mon aventure à venir…

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