Une Bee sur les terres des Raramuri Part III : un départ sur les chapeaux de roues !

remise dossards.jpeg

Dans la partie précédente, je vous contais ma rencontre avec les Raramuri et mes préparatifs pour la course. Je reviendrai d’ailleurs bientôt avec davantage de précisions sur le contenu de mon sac et mes incontournables gourmandises, grigris, etc.

La journée du 23 avril a été consacrée à un brief, à une rencontre dans le vif du sujet avec les Raramuri, à une cérémonie de remise des dossards, mais aussi à du repos : il faut bien récupérer après un tel voyage – 8 heures de décalage horaire laissent des traces ! – sans compter le fait de devoir s’acclimater à l’altitude et aux températures !

Mais lors de cette veille de course, mon côté Bee épicurienne rejaillit : j’ai envie d’en profiter !

La pile est en marche et l’idée d’une sieste ressourçante s’évanouit bien vite pour laisser place à une marche active avec Mimi pour se rendre au bar de Divisadero, à une dizaine de kilomètres de notre hôtel.

Mais ce que je ne sais pas encore, c’est que cette sortie aux allures touristiques et aux apparences légères va me faire glisser d’emblée dans une situation cauchemardesque…

Un pont c’est tout !

chepe2.jpeg

Après avoir chantonné et déliré sur la route sablonneuse menant à Divisadero, évité quelques meutes de chiens, photographié sous tous les angles une station de gare du fameux El Chepe, nous sommes allées prendre un pot avec Mimi pour nous détendre et avons retrouvé Sander et Mehidy au bar, qui avaient eu la même idée.

Mais au moment de partir, nous avons voulu reconnaître un bout du parcours, tranquillement, tout en rentrant à l’hôtel.

Je ne savais alors pas que ce retour allait me confronter à ma plus grande terreur : le vide !

Un pont suspendu se trouvait effectivement sur notre chemin, dominant un précipice vertigineux – je ne pense pas exagérer en disant cela, puisque tout le monde a avoué par la suite n’avoir pas été rassuré.

pont.jpeg

Excédée et en proie à une terreur profonde, je maudis ouvertement Jean-François qui n’a pas fait état de ce pont dans son roadbook, mais Sander et Mehidy me réconfortent en me disant qu’il est possible de le contourner.

Rassurée, je prends sur moi et mets en place les techniques de respiration apprises lors de mes séances de sophrologie avec Morgane : je crée ma bulle et tente de trouver une certaine sérénité.

Mais avant de comprendre quoi que ce soit, Mehidy me tend la main et m’entraîne sur le pont de la mort, au-dessus d’un vide aspirant.

Mes jambes flageolent, mon petit coeur de Bee bat la chamade, menaçant de crever ma cage thoracique, je me concentre sur ma respiration et sur la voix rassurante de Mehidy qui tente de détourner mon esprit vers d’autres sources d’intérêt.

Suis-je en train de lui broyer la main comme j’ai pu le faire avec le bras de Nicolas, inconsciemment, lors de ma reconnaissance de l’UT4M à Chamechaude, l’année précédente ?

En situation de vertige, je ne maîtrise rien, je perds pied : un genre de syndrome de la Tourette mêlé soit d’agressivité – relative quand même – soit de dérision.

Imaginez un cocktail détonant avec des conséquences difficiles à maîtriser…

Je respire profondément, sens les plaques du pont qui bougent, me promets de recompter chacun des doigts de Mehidy si je sors vivante de ce passage et de lui payer, s’il le faut, une greffe pour ceux qui seraient manquants au bout du compte…

Mais je touche, avant même d’envisager le pire, la terre ferme.

Je l’ai fait ! I did it ! Un moment grisant…

Moi qui n’étais pas capable de monter sur une chaise, un an et demi auparavant, je viens de franchir un précipice !

Je n’ai qu’une hâte : raconter cet exploit personnel à Jean-François qui me félicite et me réconforte en me disant que le pont mentionné entre le CP2 et le CP3 n’a rien à voir…

Forte de cette nouvelle expérience, je me sens pousser des ailes et me dis que la partie est déjà un peu gagnée.

Mais un pont peut en cacher un autre, et l’euphorie de ma récente victoire personnelle cède place à la panique et aux cauchemars pendant la nuit : je n’ai pas peur des kilomètres, mais imaginons que j’abandonne à cause d’un simple pont ? Ce pont que j’imagine depuis plusieurs semaines tenant entre deux cordes et n’offrant un passage pas plus large que l’un de mes pieds ?

Je ne peux trouver un sommeil serein, trop excitée à l’idée de prendre le départ d’une telle aventure, mais gardant aussi en tête qu’il me faudra passer plusieurs obstacles qui mettront mes nerfs à rude épreuve.

Un départ retardé…

dzpart.jpeg

Au petit matin, je me lève avec cette impression qui ne me quitte pas depuis plusieurs semaines : celle d’être éreintée après avoir franchi une multitude de ponts et de précipices !

Combien mon esprit aura souffert dans mes cauchemars, et que mes jambes auront gambadé !

Avant de rejoindre le groupe dans la salle du petit-déjeuner, je fais mes derniers choix, sans sourciller : tant pis pour la doudoune, elle m’attendra sagement à l’hôtel, si je parviens à franchir la ligne d’arrivée !

L’amplitude thermique risque d’être dure à gérer, mais je préfère prendre le risque d’avoir un peu froid – au pire je me dis que je courrai la nuit au frais et réduirai le rythme en journée – plutôt que de trop me charger.

Avec Mimi, nous profitons en totale décontraction – du moins apparente – de ce dernier petit-déjeuner des condamnées à partir à l’aventure : nous nous régalons de pinoletas faites maison – ce sont de petites galettes de maïs qui sont la spécialité de Chihuahua – de pancakes et de toasts grillés.

Je bois bien évidemment la potion verte de mon partenaire Boa Mon Jus pour faire le plein d’énergie.

Derniers instants dans notre monde moderne et civilisé – un bien grand mot me direz-vous quand on pense à toutes les atrocités qui y sont perpétrées !

Jean-François nous apprend alors que la course va être retardée d’une heure.

Étrangement, cela ne m’affole pas : on sera bien assez tôt dans l’arène, alors autant tourner un peu dans nos cages avant.

sandales

Je croise les Raramuri vêtus de leur genre de pagne et de leurs tuniques colorées : je prends alors conscience qu’un challenge hors du commun se prépare.

Nous allons courir contre de véritables extraterrestres chaussés de bouts de pneus – certes, il s’agira de Michelin pour certains ! – ou de sandales de plage et vêtus de simples bouts de tissus, qui vont nous pulvériser sportivement, nous qui arborerons des chaussures aux amortis dernière génération, des vêtements ultra techniques et qui transporterons le parfait petit matériel du traileur endurci, pour effectuer le parcours en doublant leur temps !

La situation me paraît tout à coup des plus cocasses, cherchez l’erreur !

Mais il n’est plus temps de laisser son esprit divaguer : le jour vient de se lever sur Divisadero, il est bientôt 7 heures et nous devons gagner le départ.

Une folle ambiance s’empare alors du groupe : émotion, embrassades, rires, stress, excitation s’entremêlent sur cette ligne de départ… jusqu’au top qui nous permet de voir nos adversaires colorés partir sur un rythme effréné, avant de ne devenir que de minuscules points à l’horizon…

En route pour les canyons !

CHEPE_24

Quelques kilomètres nous séparent de la Barranca del cobre et nous commençons notre périple sur une route large, au milieu d’habitations.

Nous courons tranquillement pour nous mettre en jambes : seule Catherine, vêtue de sa petite jupette, s’est détachée du groupe, collant aux jupons longs des Raramurettes.

Les conversations vont bon train et les groupes se forment peu à peu, jusqu’à la fameuse ambulance de Divisadero que nous devons contourner et qui nous permet de voir l’avancée de la course.

Nous apercevons enfin la somptueuse Barranca, minérale, qui semble nous lancer un appel : l’aventure est à nos pieds, nous ne l’avons encore jamais foulée d’aussi près.

Je n’ai alors qu’une obsession en tête : le pont de la veille !

Il faut absolument que j’accroche le groupe et que je ne me retrouve pas seule à franchir ce premier obstacle éprouvant.

Delphine chemine à mes côtés et perçoit certainement mon appréhension en me disant que nous serons plusieurs et que ce ne sera pas plus dur que la veille.

Mais mes entrailles et mon esprit ont imprimé ce souvenir traumatisant et me rappellent à l’ordre.

Je me concentre sur ma respiration et des visualisations positives à l’approche de l’obstacle, mais une main familière vient chercher la mienne pour me guider et me rassurer : Mehidy a une fois de plus pris les devants et le premier pont, bien qu’impressionnant et marquant l’entrée dans les canyons, ne devient alors plus qu’une formalité…

L’aventure peut commencer dans la Barranca…

À suivre…

Si vous souhaitez laisser un commentaire ou réagir à cet article, vous pouvez le faire via ce blog, sur ma page Facebook Beerunneuse ou sur mon compte Instagram Beerunneuse.

Je vous remercie par avance…

 

 

 

6 réflexions sur “Une Bee sur les terres des Raramuri Part III : un départ sur les chapeaux de roues !

  1. Danièle 15 mai 2018 / 7 h 50 min

    Beau récit ! Hâte de lire la suite.
    Bravoooo pour ton courage pour le pont 💪😊

    Aimé par 1 personne

  2. Requin 17 mai 2018 / 9 h 19 min

    Merci de nous faire vivre en 3D votre course….
    Merci de me faire rêver…
    J’ai hâte de lire la suite de cette fabuleuse aventure 😉

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s