Une Bee sur les terres des Raramuri Part VI : perdues dans la nuit…

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Dans la partie précédente, je venais de franchir MON Everest, ce fameux pont suspendu au-dessus d’un rio presque à sec qui avait engendré plusieurs nuits de cauchemars et donné lieu à moultes séances d’hypnose et de méditation avant mon départ – je vous reparlerai après la fin de mon récit de cette préparation.

Après tant d’épreuves, je me disais alors que le plus dur était passé : nous approchions d’une bonne centaine de kilomètres et nous allions aborder des terrains plus propices à la course pour rejoindre en fin de challenge des pistes.

Courir en hors-piste est usant et demande une concentration maximum pour anticiper les appuis sur des terrains glissants et changeants.

Ajoutez à cela les démons de la Bee – vertige et phobie du vide – et vous obtenez rapidement un cerveau en surchauffe.

Mais d’autres paramètres redoutables allaient aussi changer la donne sur cette deuxième partie de course : la fatigue et la chaleur qui ont malmené nos organismes et ont quelque peu altéré notre mental…

Des montées sans fin

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Après une telle portion de parcours, je me sentais rassurée : j’avais fait le plus dur, plus rien ne pouvait m’arrêter.

Témoin de notre calvaire, ma jupette WAA, déchirée sur la fesse : la descente dans les cactus avait même entamé le shorty.

Que pouvait-il nous arriver de pire à présent ?

Sereines, nous avons poursuivi notre périple avec une énorme montée en zigzag, suivies de notre fidèle Raramuri balai, le sieur Lolo.

Mais après un tel début de journée, notre sac à dos fort lourd nous a semblé peser une tonne entre le dénivelé et la chaleur.

Nous avons bien vite compris que la gestion de l’eau allait être capitale.

Nous avons cheminé plusieurs heures sur cette montée usante et interminable, nous octroyant des pauses fréquentes et nécessaires.

Vous connaissez cette expression issue d’une célèbre publicité « Quand y’en a plus, y’en a encore » ?

Elle résume véritablement ce que nous avons vécu : à peine avions-nous franchi un sommet, espérant que ce soit l’issue de la portion, qu’un autre apparaissait immédiatement : on aurait pu rebaptiser notre périple « l’histoire sans fin ».

Même notre Lolo local a manifesté des signes de fatigue et de lassitude !

La preuve : plusieurs fois, il a tenté de nous écarter du droit chemin pour nous faire prendre des raccourcis raramuri.

Si nous nous sommes fait avoir une première fois, nous n’avons pas cédé les suivantes, en voyant les raidillons qu’il nous proposait d’emprunter pour gagner un peu de terrain.

« Non, Monsieur Lolo, nous ne sommes pas des chamois nés avec des huarachis aux pieds ! Nous tenons à notre vie ! »

Constatant notre manque de témérité, il a fini par s’effacer pour nous laisser suivre les traces matérialisées par un ruban rose et des confettis.

Comme je vous le disais précédemment, cette interminable montée est certainement la portion qui nous a demandé une gestion très stricte de l’eau : hors de question de ne pas recharger nos bidons sous peine d’être déshydratées !

Avec ma Mimi, nous avons scrupuleusement rempli nos gourdes dès que nous trouvions un point d’eau : la Micropur a été une bénédiction sur cette portion parsemée de bouses et excréments divers.

Mais la Bee a découvert que quand on a soif et qu’il est essentiel de boire pour avancer, on ne fait pas la fine bouche : alors que nous nous étions arrêtées pour recharger, j’ai eu un haut le cœur en voyant les eaux souillées – excréments d’animaux baignant dans les trous d’eau, bêtes étranges sous les rochers… – qui allaient nous servir de breuvage.

Imaginez transformer une eau trouble avec des particules en suspension en un liquide cristallin et potable ! Micropur l’a fait ou du moins a eu cette ambition !

Que dire de Lolo qui, voyant mon dégoût et mon désarroi devant ces trous d’eau infestés, a voulu me rassurer en buvant à pleine bouche l’eau croupie dans laquelle baignait une fiente !

Mimi et moi avons tout fait pour économiser nos gourdes précédentes et boire le moins possible de cette eau : j’ai prié intérieurement pour ne pas même y tremper mes lèvres, sentant poindre la menace d’une bonne gastro.

L’arrivée à Churo

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Petit à petit, les sentiers se sont transformés pour devenir plus praticables : adieu les pierres, place au sable !

Nous n’avions plus qu’une hâte avec Mimi : aborder le plateau qui devait nous mener à Churo, au CP 3.

Sans doute est-ce la fatigue, mais nous avons eu un énorme fou rire quand j’ai raconté à Mimi que j’avais compris que Lolo me proposait d’aller boire avec lui un énorme coca et de manger une pizza dans un village tout près.

Ah les joies de la barrière de la langue !

Peut-être exprimait-il tout simplement son envie de boire et de manger un bout, mais ce qui est certain, c’est que cette anecdote m’a redonné de la vigueur et m’a fait oublier notre lassitude jusqu’à l’arrivée sur le plateau.

Enfin, nous avons aperçu des habitations : après avoir cheminé plusieurs dizaines de kilomètres dans des espaces immenses et désertiques, nous revenions enfin à la civilisation !

Que dire quand au milieu des champs, nous avons aperçu la petite habitation Raramuri qui allait nous servir de CP !

Tiphaine, l’adorable kiné, nous a accueillies à bras ouverts : un peu de chaleur réconforte dans de tels moments !

Nous avons un peu mangé et j’ai décidé d’abandonner quelques instants Mimi entre les mains expertes de Tiphaine, pour aller faire une micro sieste dans une tente installée au milieu d’un genre de grange.

Tiphaine avait évoqué la présence d’un homme armé sur ce CP pour surveiller la propriété – ah ! Les joies de l’insécurité au Mexique ! – et j’avoue ne pas avoir dormi sur mes deux oreilles pendant cette pause.

Sans compter les courants d’air qui ballotaient ma toile de tente et les poules qui sont venues jusque dans mon dortoir !

Dépitée, je suis sortie rejoindre les filles et nous avons décidé de reprendre notre route, quitte à courir de nuit pour rejoindre le CP 4 et ne pas prendre trop de retard.

Quelques plaisanteries plus tard, nous reprenions notre périple vers San Isidro, le CP 4…

Des lueurs dans la nuit…

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À ce stade de notre aventure, nous venions d’enquiller 5 500 mètres de D+ en hors-piste.

Nous nous doutions donc qu’il nous restait de belles portions de montées, mais nous avions lu sur le road book qu’il était possible de courir.

La première partie du parcours traversait une somptueuse forêt de pins, aux senteurs agréables.

Nous avons pu jouir de magnifiques panoramas sur la Barranca, baignés dans une jolie lumière.

Il nous a fallu ouvrir et refermer de nombreuses barrières pour le bétail.

29 kilomètres nous séparaient de San Isidro, ce qui nous semblait être une bagatelle.

Nous cheminions tranquillement en espérant arriver vers minuit à ce fameux CP.

La nuit est tombée petit à petit et nous avons dû allumer nos frontales assez rapidement.

Puis nous sommes arrivées dans un village où nous avons aperçu des lumières.

Est-ce la hâte de parvenir au CP qui nous a fait rater un balisage ?

Je plaisante en voyant sur ma droite un cimetière : j’évoque avec Émilie le fameux film « Coco » que mini Bee et moi sommes allés voir quelques semaines plus tôt.

Nous rions – peut-être pour nous rassurer – et commençons alors à chercher les lumières du CP : j’ai oublié de vous dire que ni l’une ni l’autre n’avions de montre en marche pour comptabiliser les kilomètres restants.

Nous pensons, d’après nos estimations, être à bon port.

Mais alors, où est le fameux CP ?

Nous nous dirigeons vers des lumières sur notre gauche, comme indiqué dans le road book : mais rien !

Nous décidons de rebrousser chemin, mais revenons bredouilles sur nos pas.

Plus de balisage et toujours cette fichue intersection qui nous pose problème : après une bonne heure, il faut se rendre à l’évidence, nous sommes perdues !

Transies de froid, nous nous changeons : Mimi m’a fait part d’une douleur à la cheville et j’avoue être assez inquiète.

Je décide d’appeler Jean-François qui me donne une réponse digne de la Pythie – cette prêtresse grecque qui mâchait des feuilles de laurier rose et entrait en transe pour faire ses prédictions difficilement interprétables :

« Les filles, vous n’êtes pas encore au CP 3, il n’est pas dans le village. D’autres coureurs ont appelé : poursuivez, les enfants du village ont dû enlever le balisage. Faites-vous confiance ! »

Se faire confiance ? À une heure du matin, au milieu de nulle part, quand tu es éreintée et que ta partenaire manifeste de la souffrance ?

Je commence à maudire Jean-François et toutes les caillasses de la terre !

Mais nous finissons par trouver un signe et abordons une nouvelle montée interminable.

Mimi se plaint plus fréquemment de sa cheville, ne parle plus.

Je l’entends parfois gémir, mais me refuse à lui demander si ça va ou si elle veut qu’on s’arrête : la compassion dans ces moments là peut être nuisible, je suis mon intuition et fais la sourde oreille.

J’aperçois de la lumière et lui dit que ce doit être le CP, que nous sommes presque arrivées.

Mais il n’en est rien : ce n’est que Dame Lune qui joue avec sa lueur à travers les arbres et génère des mirages dans l’esprit de la Bee.

Je me laisse berner plusieurs fois par ce halo, mais ce faux espoir vient baisser le moral des troupes à chaque fois.

Je décide de me taire, car je sens bien que Mimi est à bout de forces : sa cheville est noire et gonflée. Je suis inquiète…

Combien de temps allons-nous encore errer dans ces massifs rocailleux ?

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Une photo prise à l’arrivée avec Lolo, notre indien Raramuri balai

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4 réflexions sur “Une Bee sur les terres des Raramuri Part VI : perdues dans la nuit…

  1. Eric 28 mai 2018 / 9 h 03 min

    Christelle, ton récit est passionnant ! On voudrait en lire davantage, car en plus il est super bien écrit. L’aventure humaine transparaît bien aussi.

    Aimé par 1 personne

  2. Danièle 29 mai 2018 / 8 h 45 min

    Super récit récit Christelle !
    J’adore lire tes écrits
    À la prochaine
    😘

    Aimé par 1 personne

    • beerunneuse 29 mai 2018 / 14 h 45 min

      Merci Daniele. Encore un volet avant la fin des aventures 😉😘

      J'aime

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