Une Bee sur les terres des Raramuri Part VII : les collines ont des yeux !

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Dans la partie précédente, je vous avais quittés alors que nous étions en perdition – n’exagérons rien quand même, nous n’avions juste pas une bonne perception de la distance – avec Mimi dans les bois et que sa cheville était bien mal en point.

Soudain, après plusieurs kilomètres sur des lacets, nous parvenons enfin à une route. Je rappelle Jean-François comme convenu  – le pauvre ! Sa nuit a dû être bien tourmentée car un autre binôme avait appelé – qui me demande si la voie est goudronnée.

Je m’empresse de lui répondre que oui et que des directions sont indiquées. Il semble ne pas comprendre : logique !

Un paramètre a déformé ma vision des choses : la fatigue !

Cela fait plus de deux heures que nous désespérons d’atteindre le fameux CP 4 de San Isidro, sujettes à un genre de mirages !

Ah, la Bee ! Comme tu t’en es voulu à ce moment là de ne pas utiliser les fonctionnalités de ta montre.

« Ta Garmin au poignet, c’est pour faire joli ou accessoirement pour te fournir des données pour des ultras ? Ah mais j’oubliais : tu cours à la sensation ! Elles sont chouettes là tes sensations alors que tu te trouves au milieu de nulle part sur le bord d’une route… en sable ! » me susurre le petit diable qui habite ma conscience.

Mais oui, Mimi attire mon attention sur la route : ce n’est pas du goudron mais bien du sable !

Quelques centaines de mètres plus loin et après avoir pris quelques bouffées de poussière dans la figure – mon Dieu ! Il y a donc des gens qui roulent au milieu de nulle part, la nuit à pas d’heure, sur notre Terre ! – nous trouvons enfin le drapeau rose mentionné par Jean-François, qui indique le CP.

Nous arrivons dans un campement endormi, en riant comme à notre habitude.

Nous réveillons bien entendu le Mexicain en charge du CP par nos gloussements, mais nous n’avons ni faim, ni soif : juste envie de dormir. Nous sommes fourbues et frissonnons de froid – nous sommes en altitude – et de fatigue.

Le jeune homme nous fournit des mini couvertures Cars : vu mes jambes, j’ai l’impression de ressembler à Arnulfo avec son pagne – Dieu des Huarachi, donne-moi les mêmes jambes !- et je fais bien évidemment mon One woman show pour faire rire la galerie avant de gagner notre tente.

Il est hors de question pour moi de poser mes chaussures, mon orteil est bien trop douloureux et j’ai peur de ne pouvoir les remettre.

Mais une fois dans la tente, la fatigue s’abat sur moi comme la foudre : éreintée, je m’endors sans même prendre le temps de déplier mon duvet.

Un retour brutal à la civilisation

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Deux heures plus tard, le réveil de Mimi me tire d’un sommeil profond.

Je quitte à regret mon hôtel 10 000 étoiles pour aller avaler un café revigorant : une nuit avec seulement un pagne Cars pour se réchauffer, ça vous congèle une Bee !

J’attends avec inquiétude la sortie de ma partenaire : j’appréhende qu’elle m’annonce la fin de son aventure.

Je m’imagine déjà raconter mes pitreries aux arbres et aux rocailles pour essayer de tuer le temps.

L’immensité de la nature qui nous entoure ne m’angoisse étonnamment pas : j’avais apprécié, lors du Half Marathon des Sables me retrouver seule avec moi-même au milieu de nulle part, un moment privilégié pour laisser libre cours à la méditation.

Mais avec Mimi, nous avons noué une sorte de complicité, certes un peu déjantée, mais qui donne un charme inattendu et singulier à l’aventure.

Le suspense ne dure pas longtemps : notre maigre repos a agi sur la blessure, et après avoir avalé un plat de pâtes bolognaises digne d’un chef, nous reprenons notre route vers le CP 5, Cuitaco, à 35 kilomètres.

Je passerai rapidement notre descente vers la vallée : après avoir foulé pendant près de 111 kilomètres des roches, du sable et des cailloux, nous arrivons sur une partie en bitume que nous suivrons pendant 15 kilomètres.

Alors oui, je sais, le bitume ne fait pas rêver le traileur, mais nous avons apprécié ce changement de terrain qui nécessitait moins de concentration.

Nous avons traversé une petite ville dans laquelle nous avons photographié la voiture blanche du dentiste stationnée devant son cabinet, clin d’oeil au roadbook de Jean-François.

Mais notre soulagement a été de courte durée, car courir en plein cagnard sur de l’asphalte, ça épuise.

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Et c’était sans compter un événement inattendu qui nous a replongées dans la réalité du pays.

Plusieurs pick-up sont passés avec des hommes à l’arrière qui parfois nous sifflaient : concentrées sur notre course, nous n’y avons dans un premier temps pas trop prêté attention.

Mais un détail a interpellé Émilie : ils étaient armés !

Inutile de vous décrire notre frayeur quand quelques minutes plus tard, un de ces véhicules a freiné et a fait mine de s’arrêter !

Pendant quelques secondes, nous avons pensé qu’ils allaient nous emmener : nous avons alors quitté notre bulle de traileuses épicuriennes pour imaginer les pires scenarii, le loisir est devenu cauchemar !

Heureusement, ils poursuivront leur route, mais cet instant nous a fait prendre conscience de l’instabilité qui régnait dans le pays et du danger que nous venions de vivre : deux gringos au milieu de nulle part, sans véritable géolocalisation, hum…

Inutile de vous dire que nous avons regagné rapidement le sentier menant à Dame Nature avec bonheur : cette partie d’asphalte ainsi que cette déconvenue ne figureront pas dans le top 5 de mes meilleurs souvenirs, mais seront bien vite oubliées en découvrant les panoramas suivants…

Cuiteco, un havre de paix

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Après une petite pause sous une chaleur étouffante pour nous remettre de nos émotions, nous avons entamé une nouvelle grimpette qui nous a menées jusqu’à un somptueux lac.

Si certains sont des furieux du chrono, à votre avis, qu’ont fait votre petite Normande et votre Bee ?

Un arrêt cryothérapie ! Il fallait bien recharger en eau, non ?

Quel bonheur de goûter à la fraîcheur de l’eau du lac !

Je décide bien sûr de ne pas poser ma chaussure maintenant mon pied endolori, mais je me dis que le glacer un peu ne pourra que lui faire du bien.

Entre séances de photos et rafraîchissement, seules au monde, nous en oublierions presque la course : ces instants là, uniques, magiques, singuliers, nous ne les vivrons qu’une fois, alors autant en profiter.

Bien retapées, nous commençons une longue grimpette interminable  en plein cagnard : hallucinations – j’ai vu un homme qui me surveillait pendant plusieurs mètres avant de me rendre compte que ce n’était qu’un tronc ! – et fous rires, chansons et histoires, silences et réflexion, viendront jalonner cette portion jusqu’à notre arrivée à Cuiteco.

Cette étape marquera le 146e kilomètre et restera gravée dans ma mémoire de Bee : un village dans les montagnes où le temps semble s’être arrêté, une autre époque.

Nous traversons une petite rivière avant de parvenir en son centre, sous les regards curieux des habitants de la bourgade : j’imagine qu’ils nous prennent pour des folles dans nos accoutrements. N’ont-ils pas tort ?

Nous retrouvons avec bonheur les mines familières du staff de la course : il est environ 17h30 et nous décidons de faire une pause pour nous restaurer, visiter ce village typique et faire une micro sieste réparatrice qui se transformera pour ma part en une séance de méditation…

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Je vous laisse sur cette pause et vous donne bientôt rendez-vous pour le dernier épisode, certainement le plus riche en émotions, de ce périple.

Si vous souhaitez réagir ou commenter cette partie, faites-le via ce blog, sur ma page Facebook ou sur mon compte Instagram. Il est toujours appréciable de partager nos ressentis.

 

2 réflexions sur “Une Bee sur les terres des Raramuri Part VII : les collines ont des yeux !

  1. Danièle 1 juin 2018 / 7 h 16 min

    Bravoooo pour ce récit…
    À suivre…
    😘😘😘

    Aimé par 1 personne

    • beerunneuse 1 juin 2018 / 13 h 48 min

      Merci Daniele, oui je retarde la fin qui marquera aussi le dénouement de mon périple. J’aime le revivre au travers de ma plume.😉😘

      J'aime

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