L’aventure Half Marathon des Sables 2018 – Part IV : le blues de l’ultra traileuse ou la fin d’une aventure

42913035_475559989618802_3972541455389425664_nLe dernier réveil, sur un bivouac, est très particulier…

Tu sais que l’aventure va prendre fin et la situation est vraiment paradoxale : tu oscilles entre l’envie d’en finir, d’aller prendre une bonne douche pour te décrasser – l’appel des sirènes de la salle de bain ! – et la jouissance de l’instant.

Tu humes chaque grain de sable, chaque rafale comme si c’était la dernière…

Nostalgique, j’ai mis mon réveil un peu plus tôt pour vivre pleinement cette matinée là : mon sac est prêt, mais je veux savourer chaque instant…

Il fait encore nuit et je branche ma frontale pour aller goûter un peu plus loin le silence, une notion tellement rare dans notre monde actuel !

Je croise une ou deux personnes  qui cheminent lentement à travers cet immense champ de sable, cyclopes lumineux à la silhouette vacillante.

Comme j’aime cette sensation de liberté ! Cette impression de n’être plus qu’un grain de sable balayé comme les autres par une langue d’air chaud !

Je ferme les yeux pour méditer et écarte les bras, comme pour me sentir happée par ces souffles…

Mais au bout de quelques minutes, le bruit de fermetures Éclair me tire de ma rêverie éveillée : le bivouac s’éveille pour vivre l’ultime étape de l’aventure…

Un bivouac de bric et de broc

42851991_239546953381251_8202638201005801472_n

Existe-t-il dans le désert un service pour enlever les encombrants ?

En voyant les poubelles remplies à ras bord, c’est en tout cas ce qu’on pourrait penser !

Une véritable frénésie semble s’être emparée du bivouac : pour se délester sur les derniers kilomètres de l’étape, les traileurs jettent sans compter – ni regrets – leur fidèle tapis de sol qui les a pourtant tant soulagés, des sachets de plats lyophilisés non entamés, des piles à peine utilisées – mon instinct écolo fulmine devant une telle vision !- et bien d’autres objets d’un poids dérisoire, ne gardant pas en tête la liste du matériel obligatoire…

Une véritable caverne d’Ali Baba du traileur qui déborde !

Abasourdie par un tel gaspillage, je ne cède néanmoins pas à la révolte qui gronde et pourrait se transformer en mauvaise énergie.

Je regagne ma tente pour me transformer en fée du logis, puis me faufile entre les tentes pour rejoindre les copains et immortaliser les derniers instants sur notre terrain d’habitation éphémère.

L’heure du départ a sonné : un dernier coup d’oeil au petit « chez moi » qui aura été le témoin de ma fatigue, de mes insomnies, de mes dînettes improvisées, de mes joies, de mes rencontres et de mon bazar organisé.

Je soupçonne même Cham, calé solidement sur mon épaule, d’avoir un soupçon de nostalgie en imaginant le retour à la civilisation : il faut dire que ce n’est pas le plus à plaindre dans l’histoire, il a au moins eu la chance de pouvoir prendre une douche gratuite à chaque CP !

Nous entamons une marche de plus de deux kilomètres qui doit nous mener aux cars qui nous permettront de rallier le départ de la dernière étape.

L’ambiance est décontractée, les conversations vont bon train et le moral des troupes est au beau fixe : à ce stade là de l’aventure, le terme d’abandon a disparu de notre vocabulaire d’ultra traileurs.

42864347_558000414653004_907791215464808448_n

Un dernier selfie entre copains avant de monter dans le car nous permet de nous rendre compte de nos mines réjouies malgré nos regards empreints de fatigue…

Fuerteventura, terre volcanique

WAA-E.Montgobert@HMDSFuerte2018-6755.jpg

Il ne faut jamais sous-estimer les difficultés d’une dernière étape : même si elle marque la fin d’une aventure, elle n’est jamais gagnée d’avance !

Maints coureurs en auront fait les frais : chevilles tordues, pieds écorchés, ampoules infectées, le champ de pierres volcaniques de Malpais ne s’aborde pas à la légère !

Sans compter la chaleur qui s’est invitée au rendez-vous ! D’après les dires des habitants, on a connu la semaine la plus chaude depuis bien longtemps !

Chaque pas demande une vigilance particulière, afin de ne pas trébucher ou d’avoir une cheville qui part en vrille.

Je décide d’alterner marche et course à allure modérée, une sorte de fractionné à la sensation et ça me réussit plutôt bien sur cette première partie : pas de bobos particuliers à déclarer et la douleur générée par mes ampoules de la veille est supportable.

Je redécouvre le même parcours que l’année précédente, reconnaissant certains détails que j’avais figés dans ma mémoire : une colline avec des chèvres, une petite ville colorée, un oued interminable exposé en plein cagnard où il faut surfer sur les ombres des rares végétaux pour espérer trouver le moindre souffle d’air, et ces collines derrière lesquelles je sais que se trouve l’arrivée.

5 petits kilomètres d’ascension, ce n’est rien quand on vient d’en parcourir plus de 110 !

Mais après plusieurs jours en autonomie, avec la fatigue des kilomètres cumulés, il faut gérer intelligemment l’effort…

Je m’élance sur le sentier qui serpente sur les collines en freinant mon rythme : le D+ n’est pas exceptionnel sur cette portion, mais je sais que les cuisses vont tout de même brûler dans la dernière montée.

Une Bee euphorique a du mal à se contrôler : très vite, mon esprit prend le contrôle de mes jambes, sans que je ne m’en aperçoive.

Les kilomètres défilent rapidement et j’arrive à un somptueux col : je m’arrête pour enregistrer à tout jamais cette belle image d’une mer turquoise qui contraste avec la noirceur des rochers.

J’aperçois enfin la croix qui marque le sommet de la première colline, je m’emballe, mes jambes tournent comme jamais, à tel point que je rattrape deux traileurs dans la dernière montée…

Un ascenseur émotionnel

40077525_2243845259178619_2228291258259521488_n

Quand tu parviens au dernier sommet et que tu aperçois la blancheur des bâtiments hôteliers, une sorte d’extase s’empare de toi…

Je frissonne et éprouve une certaine fierté à l’idée de terminer ce nouveau challenge : l’an dernier, je faisais mon premier ultra en étapes et en autonomie.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis : j’acquiers peu à peu de l’expérience, mes entraînements sont plus qualitatifs et je me sens surtout plus assurée.

L’expérience du Mexique, avec l’Ultra Run Raramuri restera certainement la plus marquante, singulière, unique – je vous invite d’ailleurs à relire mon récit, sachant qu’il n’y aura pas de nouvelle édition, en cliquant sur ce lien.

J’y ai bravé de vieux démons comme mon vertige, mon manque d’assurance et j’ai surtout trouvé ma place en tant qu’ultra traileuse : je suis une Bee solitaire, qui n’aime pas les défis trop conventionnels – 9 internationaux inscrits sur cette course, les chiffres parlent d’eux-mêmes – mais l’Aventure, celle avec un grand A, et le plaisir…

Bien des images se bousculent dans ma tête lors de la descente assez périlleuse et glissante qui mène jusqu’à la plage de Las Playitas.

La musique tonitruante des haut-parleurs installés sur la plage vient interrompre ce diaporama interne de mon parcours.

Une petite voix semble me souffler : « Profite, Bee, de ces derniers instants ! Ils sont uniques et n’appartiennent qu’à toi. Ils sont ton histoire, savoure-les ! »

J’arrive enfin en bas de la colline et suis encouragée par des Espagnols qui ont installé leur fan zone sur un monticule de sable. Ils m’indiquent le sens du parcours et j’entame alors un sprint final sur le sable noir et meuble de Las Playitas.

Je souris en pensant à Émilie avec laquelle nous avons évoqué l’idée d’emporter avec nous, dans nos valises, un échantillon de cette terre volcanique si caractéristique. L’acte étant interdit, nous avions ébauché des plans pour essayer de passer incognito à l’aéroport les précieux grains tant désirés. Ô jouissance de la transgression !

Cette longue ligne droite sur la plage me paraît interminable ; j’entends alors quelques Français qui m’encouragent et mets un dernier coup de collier.

Mais qui a donc eu l’idée saugrenue de vouloir faire une boucle sur cette plage avant de franchir la ligne ?

Un journaliste me tend une Gopro pour que j’immortalise mon arrivée. Je m’empare de la perche, mais suis tellement ancrée dans le moment que je ne prête pas vraiment attention à ce que je filme.

10 mètres… 5 mètres… L’émotion m’étreint…

Je suis finisher de la deuxième édition du Half Marathon des Sables de Fuerteventura en 18 heures et quelques minutes, soit plus de deux heures de moins que l’année dernière, 6ème femme, 39ème au classement général et 1ère par équipes.

Ma joie est immense, mais je ne réalise pas la perf que je viens d’accomplir : je me sens simplement bien, euphorique et détendue. On analysera tout cela plus tard !

Je rejoins les copains français sur le bord du parcours pour encourager les copines qui arrivent.

43262225_2130207150344580_7633767824145514496_n.jpg

Une nouvelle aventure est sur le point de se terminer : elle aura une fois de plus été riche en sensations, en émotions, en rencontres humaines, en partages, en moments de plaisir…

Vivement la prochaine !

Je consacrerai bientôt de nouveaux articles à la nutrition adoptée sur cette course et au matériel que j’ai testé et dont je suis convaincue.

En attendant, vous pouvez réagir à cet article, donner vos impressions ou émettre un avis via ce blog, sur ma page FB Beerunneuse ou sur mon compte Instagram…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s