Une Bee sur les terres des Raramuri Part VII : les collines ont des yeux !

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Dans la partie précédente, je vous avais quittés alors que nous étions en perdition – n’exagérons rien quand même, nous n’avions juste pas une bonne perception de la distance – avec Mimi dans les bois et que sa cheville était bien mal en point.

Soudain, après plusieurs kilomètres sur des lacets, nous parvenons enfin à une route. Je rappelle Jean-François comme convenu  – le pauvre ! Sa nuit a dû être bien tourmentée car un autre binôme avait appelé – qui me demande si la voie est goudronnée.

Je m’empresse de lui répondre que oui et que des directions sont indiquées. Il semble ne pas comprendre : logique !

Un paramètre a déformé ma vision des choses : la fatigue !

Cela fait plus de deux heures que nous désespérons d’atteindre le fameux CP 4 de San Isidro, sujettes à un genre de mirages !

Ah, la Bee ! Comme tu t’en es voulu à ce moment là de ne pas utiliser les fonctionnalités de ta montre.

« Ta Garmin au poignet, c’est pour faire joli ou accessoirement pour te fournir des données pour des ultras ? Ah mais j’oubliais : tu cours à la sensation ! Elles sont chouettes là tes sensations alors que tu te trouves au milieu de nulle part sur le bord d’une route… en sable ! » me susurre le petit diable qui habite ma conscience.

Mais oui, Mimi attire mon attention sur la route : ce n’est pas du goudron mais bien du sable !

Quelques centaines de mètres plus loin et après avoir pris quelques bouffées de poussière dans la figure – mon Dieu ! Il y a donc des gens qui roulent au milieu de nulle part, la nuit à pas d’heure, sur notre Terre ! – nous trouvons enfin le drapeau rose mentionné par Jean-François, qui indique le CP.

Nous arrivons dans un campement endormi, en riant comme à notre habitude.

Nous réveillons bien entendu le Mexicain en charge du CP par nos gloussements, mais nous n’avons ni faim, ni soif : juste envie de dormir. Nous sommes fourbues et frissonnons de froid – nous sommes en altitude – et de fatigue.

Le jeune homme nous fournit des mini couvertures Cars : vu mes jambes, j’ai l’impression de ressembler à Arnulfo avec son pagne – Dieu des Huarachi, donne-moi les mêmes jambes !- et je fais bien évidemment mon One woman show pour faire rire la galerie avant de gagner notre tente.

Il est hors de question pour moi de poser mes chaussures, mon orteil est bien trop douloureux et j’ai peur de ne pouvoir les remettre.

Mais une fois dans la tente, la fatigue s’abat sur moi comme la foudre : éreintée, je m’endors sans même prendre le temps de déplier mon duvet.

Un retour brutal à la civilisation

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Deux heures plus tard, le réveil de Mimi me tire d’un sommeil profond.

Je quitte à regret mon hôtel 10 000 étoiles pour aller avaler un café revigorant : une nuit avec seulement un pagne Cars pour se réchauffer, ça vous congèle une Bee !

J’attends avec inquiétude la sortie de ma partenaire : j’appréhende qu’elle m’annonce la fin de son aventure.

Je m’imagine déjà raconter mes pitreries aux arbres et aux rocailles pour essayer de tuer le temps.

L’immensité de la nature qui nous entoure ne m’angoisse étonnamment pas : j’avais apprécié, lors du Half Marathon des Sables me retrouver seule avec moi-même au milieu de nulle part, un moment privilégié pour laisser libre cours à la méditation.

Mais avec Mimi, nous avons noué une sorte de complicité, certes un peu déjantée, mais qui donne un charme inattendu et singulier à l’aventure.

Le suspense ne dure pas longtemps : notre maigre repos a agi sur la blessure, et après avoir avalé un plat de pâtes bolognaises digne d’un chef, nous reprenons notre route vers le CP 5, Cuitaco, à 35 kilomètres.

Je passerai rapidement notre descente vers la vallée : après avoir foulé pendant près de 111 kilomètres des roches, du sable et des cailloux, nous arrivons sur une partie en bitume que nous suivrons pendant 15 kilomètres.

Alors oui, je sais, le bitume ne fait pas rêver le traileur, mais nous avons apprécié ce changement de terrain qui nécessitait moins de concentration.

Nous avons traversé une petite ville dans laquelle nous avons photographié la voiture blanche du dentiste stationnée devant son cabinet, clin d’oeil au roadbook de Jean-François.

Mais notre soulagement a été de courte durée, car courir en plein cagnard sur de l’asphalte, ça épuise.

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Et c’était sans compter un événement inattendu qui nous a replongées dans la réalité du pays.

Plusieurs pick-up sont passés avec des hommes à l’arrière qui parfois nous sifflaient : concentrées sur notre course, nous n’y avons dans un premier temps pas trop prêté attention.

Mais un détail a interpellé Émilie : ils étaient armés !

Inutile de vous décrire notre frayeur quand quelques minutes plus tard, un de ces véhicules a freiné et a fait mine de s’arrêter !

Pendant quelques secondes, nous avons pensé qu’ils allaient nous emmener : nous avons alors quitté notre bulle de traileuses épicuriennes pour imaginer les pires scenarii, le loisir est devenu cauchemar !

Heureusement, ils poursuivront leur route, mais cet instant nous a fait prendre conscience de l’instabilité qui régnait dans le pays et du danger que nous venions de vivre : deux gringos au milieu de nulle part, sans véritable géolocalisation, hum…

Inutile de vous dire que nous avons regagné rapidement le sentier menant à Dame Nature avec bonheur : cette partie d’asphalte ainsi que cette déconvenue ne figureront pas dans le top 5 de mes meilleurs souvenirs, mais seront bien vite oubliées en découvrant les panoramas suivants…

Cuiteco, un havre de paix

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Après une petite pause sous une chaleur étouffante pour nous remettre de nos émotions, nous avons entamé une nouvelle grimpette qui nous a menées jusqu’à un somptueux lac.

Si certains sont des furieux du chrono, à votre avis, qu’ont fait votre petite Normande et votre Bee ?

Un arrêt cryothérapie ! Il fallait bien recharger en eau, non ?

Quel bonheur de goûter à la fraîcheur de l’eau du lac !

Je décide bien sûr de ne pas poser ma chaussure maintenant mon pied endolori, mais je me dis que le glacer un peu ne pourra que lui faire du bien.

Entre séances de photos et rafraîchissement, seules au monde, nous en oublierions presque la course : ces instants là, uniques, magiques, singuliers, nous ne les vivrons qu’une fois, alors autant en profiter.

Bien retapées, nous commençons une longue grimpette interminable  en plein cagnard : hallucinations – j’ai vu un homme qui me surveillait pendant plusieurs mètres avant de me rendre compte que ce n’était qu’un tronc ! – et fous rires, chansons et histoires, silences et réflexion, viendront jalonner cette portion jusqu’à notre arrivée à Cuiteco.

Cette étape marquera le 146e kilomètre et restera gravée dans ma mémoire de Bee : un village dans les montagnes où le temps semble s’être arrêté, une autre époque.

Nous traversons une petite rivière avant de parvenir en son centre, sous les regards curieux des habitants de la bourgade : j’imagine qu’ils nous prennent pour des folles dans nos accoutrements. N’ont-ils pas tort ?

Nous retrouvons avec bonheur les mines familières du staff de la course : il est environ 17h30 et nous décidons de faire une pause pour nous restaurer, visiter ce village typique et faire une micro sieste réparatrice qui se transformera pour ma part en une séance de méditation…

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Je vous laisse sur cette pause et vous donne bientôt rendez-vous pour le dernier épisode, certainement le plus riche en émotions, de ce périple.

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Une Bee sur les terres des Raramuri Part VI : perdues dans la nuit…

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Dans la partie précédente, je venais de franchir MON Everest, ce fameux pont suspendu au-dessus d’un rio presque à sec qui avait engendré plusieurs nuits de cauchemars et donné lieu à moultes séances d’hypnose et de méditation avant mon départ – je vous reparlerai après la fin de mon récit de cette préparation.

Après tant d’épreuves, je me disais alors que le plus dur était passé : nous approchions d’une bonne centaine de kilomètres et nous allions aborder des terrains plus propices à la course pour rejoindre en fin de challenge des pistes.

Courir en hors-piste est usant et demande une concentration maximum pour anticiper les appuis sur des terrains glissants et changeants.

Ajoutez à cela les démons de la Bee – vertige et phobie du vide – et vous obtenez rapidement un cerveau en surchauffe.

Mais d’autres paramètres redoutables allaient aussi changer la donne sur cette deuxième partie de course : la fatigue et la chaleur qui ont malmené nos organismes et ont quelque peu altéré notre mental…

Des montées sans fin

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Après une telle portion de parcours, je me sentais rassurée : j’avais fait le plus dur, plus rien ne pouvait m’arrêter.

Témoin de notre calvaire, ma jupette WAA, déchirée sur la fesse : la descente dans les cactus avait même entamé le shorty.

Que pouvait-il nous arriver de pire à présent ?

Sereines, nous avons poursuivi notre périple avec une énorme montée en zigzag, suivies de notre fidèle Raramuri balai, le sieur Lolo.

Mais après un tel début de journée, notre sac à dos fort lourd nous a semblé peser une tonne entre le dénivelé et la chaleur.

Nous avons bien vite compris que la gestion de l’eau allait être capitale.

Nous avons cheminé plusieurs heures sur cette montée usante et interminable, nous octroyant des pauses fréquentes et nécessaires.

Vous connaissez cette expression issue d’une célèbre publicité « Quand y’en a plus, y’en a encore » ?

Elle résume véritablement ce que nous avons vécu : à peine avions-nous franchi un sommet, espérant que ce soit l’issue de la portion, qu’un autre apparaissait immédiatement : on aurait pu rebaptiser notre périple « l’histoire sans fin ».

Même notre Lolo local a manifesté des signes de fatigue et de lassitude !

La preuve : plusieurs fois, il a tenté de nous écarter du droit chemin pour nous faire prendre des raccourcis raramuri.

Si nous nous sommes fait avoir une première fois, nous n’avons pas cédé les suivantes, en voyant les raidillons qu’il nous proposait d’emprunter pour gagner un peu de terrain.

« Non, Monsieur Lolo, nous ne sommes pas des chamois nés avec des huarachis aux pieds ! Nous tenons à notre vie ! »

Constatant notre manque de témérité, il a fini par s’effacer pour nous laisser suivre les traces matérialisées par un ruban rose et des confettis.

Comme je vous le disais précédemment, cette interminable montée est certainement la portion qui nous a demandé une gestion très stricte de l’eau : hors de question de ne pas recharger nos bidons sous peine d’être déshydratées !

Avec ma Mimi, nous avons scrupuleusement rempli nos gourdes dès que nous trouvions un point d’eau : la Micropur a été une bénédiction sur cette portion parsemée de bouses et excréments divers.

Mais la Bee a découvert que quand on a soif et qu’il est essentiel de boire pour avancer, on ne fait pas la fine bouche : alors que nous nous étions arrêtées pour recharger, j’ai eu un haut le cœur en voyant les eaux souillées – excréments d’animaux baignant dans les trous d’eau, bêtes étranges sous les rochers… – qui allaient nous servir de breuvage.

Imaginez transformer une eau trouble avec des particules en suspension en un liquide cristallin et potable ! Micropur l’a fait ou du moins a eu cette ambition !

Que dire de Lolo qui, voyant mon dégoût et mon désarroi devant ces trous d’eau infestés, a voulu me rassurer en buvant à pleine bouche l’eau croupie dans laquelle baignait une fiente !

Mimi et moi avons tout fait pour économiser nos gourdes précédentes et boire le moins possible de cette eau : j’ai prié intérieurement pour ne pas même y tremper mes lèvres, sentant poindre la menace d’une bonne gastro.

L’arrivée à Churo

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Petit à petit, les sentiers se sont transformés pour devenir plus praticables : adieu les pierres, place au sable !

Nous n’avions plus qu’une hâte avec Mimi : aborder le plateau qui devait nous mener à Churo, au CP 3.

Sans doute est-ce la fatigue, mais nous avons eu un énorme fou rire quand j’ai raconté à Mimi que j’avais compris que Lolo me proposait d’aller boire avec lui un énorme coca et de manger une pizza dans un village tout près.

Ah les joies de la barrière de la langue !

Peut-être exprimait-il tout simplement son envie de boire et de manger un bout, mais ce qui est certain, c’est que cette anecdote m’a redonné de la vigueur et m’a fait oublier notre lassitude jusqu’à l’arrivée sur le plateau.

Enfin, nous avons aperçu des habitations : après avoir cheminé plusieurs dizaines de kilomètres dans des espaces immenses et désertiques, nous revenions enfin à la civilisation !

Que dire quand au milieu des champs, nous avons aperçu la petite habitation Raramuri qui allait nous servir de CP !

Tiphaine, l’adorable kiné, nous a accueillies à bras ouverts : un peu de chaleur réconforte dans de tels moments !

Nous avons un peu mangé et j’ai décidé d’abandonner quelques instants Mimi entre les mains expertes de Tiphaine, pour aller faire une micro sieste dans une tente installée au milieu d’un genre de grange.

Tiphaine avait évoqué la présence d’un homme armé sur ce CP pour surveiller la propriété – ah ! Les joies de l’insécurité au Mexique ! – et j’avoue ne pas avoir dormi sur mes deux oreilles pendant cette pause.

Sans compter les courants d’air qui ballotaient ma toile de tente et les poules qui sont venues jusque dans mon dortoir !

Dépitée, je suis sortie rejoindre les filles et nous avons décidé de reprendre notre route, quitte à courir de nuit pour rejoindre le CP 4 et ne pas prendre trop de retard.

Quelques plaisanteries plus tard, nous reprenions notre périple vers San Isidro, le CP 4…

Des lueurs dans la nuit…

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À ce stade de notre aventure, nous venions d’enquiller 5 500 mètres de D+ en hors-piste.

Nous nous doutions donc qu’il nous restait de belles portions de montées, mais nous avions lu sur le road book qu’il était possible de courir.

La première partie du parcours traversait une somptueuse forêt de pins, aux senteurs agréables.

Nous avons pu jouir de magnifiques panoramas sur la Barranca, baignés dans une jolie lumière.

Il nous a fallu ouvrir et refermer de nombreuses barrières pour le bétail.

29 kilomètres nous séparaient de San Isidro, ce qui nous semblait être une bagatelle.

Nous cheminions tranquillement en espérant arriver vers minuit à ce fameux CP.

La nuit est tombée petit à petit et nous avons dû allumer nos frontales assez rapidement.

Puis nous sommes arrivées dans un village où nous avons aperçu des lumières.

Est-ce la hâte de parvenir au CP qui nous a fait rater un balisage ?

Je plaisante en voyant sur ma droite un cimetière : j’évoque avec Émilie le fameux film « Coco » que mini Bee et moi sommes allés voir quelques semaines plus tôt.

Nous rions – peut-être pour nous rassurer – et commençons alors à chercher les lumières du CP : j’ai oublié de vous dire que ni l’une ni l’autre n’avions de montre en marche pour comptabiliser les kilomètres restants.

Nous pensons, d’après nos estimations, être à bon port.

Mais alors, où est le fameux CP ?

Nous nous dirigeons vers des lumières sur notre gauche, comme indiqué dans le road book : mais rien !

Nous décidons de rebrousser chemin, mais revenons bredouilles sur nos pas.

Plus de balisage et toujours cette fichue intersection qui nous pose problème : après une bonne heure, il faut se rendre à l’évidence, nous sommes perdues !

Transies de froid, nous nous changeons : Mimi m’a fait part d’une douleur à la cheville et j’avoue être assez inquiète.

Je décide d’appeler Jean-François qui me donne une réponse digne de la Pythie – cette prêtresse grecque qui mâchait des feuilles de laurier rose et entrait en transe pour faire ses prédictions difficilement interprétables :

« Les filles, vous n’êtes pas encore au CP 3, il n’est pas dans le village. D’autres coureurs ont appelé : poursuivez, les enfants du village ont dû enlever le balisage. Faites-vous confiance ! »

Se faire confiance ? À une heure du matin, au milieu de nulle part, quand tu es éreintée et que ta partenaire manifeste de la souffrance ?

Je commence à maudire Jean-François et toutes les caillasses de la terre !

Mais nous finissons par trouver un signe et abordons une nouvelle montée interminable.

Mimi se plaint plus fréquemment de sa cheville, ne parle plus.

Je l’entends parfois gémir, mais me refuse à lui demander si ça va ou si elle veut qu’on s’arrête : la compassion dans ces moments là peut être nuisible, je suis mon intuition et fais la sourde oreille.

J’aperçois de la lumière et lui dit que ce doit être le CP, que nous sommes presque arrivées.

Mais il n’en est rien : ce n’est que Dame Lune qui joue avec sa lueur à travers les arbres et génère des mirages dans l’esprit de la Bee.

Je me laisse berner plusieurs fois par ce halo, mais ce faux espoir vient baisser le moral des troupes à chaque fois.

Je décide de me taire, car je sens bien que Mimi est à bout de forces : sa cheville est noire et gonflée. Je suis inquiète…

Combien de temps allons-nous encore errer dans ces massifs rocailleux ?

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Une photo prise à l’arrivée avec Lolo, notre indien Raramuri balai

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Une Bee sur les terres des Raramuri Part V : mon cœur fait boum !

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Je vous avais quittés au CP2 de mon aventure mexicaine, laissant planer un peu de suspense quant à la suite de mon aventure.

Nous nous étions arrêtés avec Delphine et Benoît après 56 kilomètres de course, soit 13 heures 30 minutes d’efforts.

Nous avions prévu de nous restaurer et de nous reposer pendant une bonne heure et de repartir à 21h30 pour profiter de la fraîcheur de la nuit pendant la portion qui s’annonçait des plus difficiles : des sentiers étroits en dévers à flanc de montagne avec une vue vertigineuse sur le rio en contrebas.

Jean-François avait bien insisté lors du briefing : « Vigilance extrême sur cette portion ! Christelle, c’est l’endroit où tu risques d’être sujette au vertige, n’hésite pas à le faire à quatre pattes ! Si vous tombez, rien ne peut vous rattraper. C’est dangereux !»

Inutile de vous dire que la Bee a eu des sueurs froides après un tel discours !

Entre le pont suspendu du départ et les sentiers vertigineux jusqu’au CP2, je ne voyais pas ce que je pouvais vivre de plus coriace !

Et pourtant, je n’étais pas au bout de mes surprises et de mes frayeurs…

Quand la Bee change d’optique

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Alors que je venais de finir mon riz au lait aux framboises lyophilisé – plat digne d’un dessert trois étoiles dans de telles conditions – j’ai demandé à Charlotte, l’une de nos kinés de choc sur la course, si elle pouvait soulager mes mollets qui s’étaient durcis à cause des descentes.

J’ai découvert qu’elle avait des doigts de fée, puisqu’en un rien de temps, mes muscles endoloris ont été soulagés.

Catherine est ensuite arrivée, dépitée et déconcertée : elle souffrait d’une insolation et de crampes. et songeait à abandonner. Elle a alors décidé d’aller s’allonger.

Mais alors que nous nous apprêtions à partir, un doute s’est installé dans mon esprit : avais-je vraiment envie de courir de nuit ? Étais-je à ma place avec le duo de choc formé par Delphine et Benoît ? Qu’attendais-je exactement de ce périple ?

J’avais passé un super début de course avec eux, ouvrant tantôt la route sur les sentiers, tantôt suivant l’un ou l’autre en me laissant porter.

Nous avions adopté un rythme dynamique dans une bonne ambiance, alors pourquoi hésiter alors que j’étais prête à repartir ?

Un déclic !

J’étais venue au Mexique pour faire une course, certes, mais aussi pour vivre une aventure humaine et jouir de chaque chose.

Il était hors de question de ne pas profiter des paysages, des personnes : nous avions longuement discuté avec Émilie dans l’avion et à l’hôtel et semblions avoir le même état d’esprit.

Je suis connue pour mon côté cash et j’ai donc annoncé soudainement à Delphine et Benoît que je souhaitais attendre Émilie, me reposer et repartir avec elle dans la nuit.

Compréhensifs, ils sont repartis immédiatement.

J’ai attendu Émilie qui est arrivée plus tard, seule.

Le binôme infernal était constitué…

Des nerfs mis à rude épreuve

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Après une courte nuit – bien trop courte – à même le sol parmi les araignées et au milieu des ronflements démentiels d’un ambulancier mexicain, nous avons repris la route pour la partie du périple la plus exigeante.

Après avoir bien positionné nos frontales sur nos têtes, nous avons repris en sens inverse le chemin périlleux qui nous avaient menées jusqu’à cette école de Guahueyvo.

26 kilomètres seulement nous séparaient de Churo, le CP3, mais j’ai vécu les 26 kilomètres les plus éprouvants de toute ma vie !

Un étrange petit indien, Lolo, d’une quarantaine d’années, nous a accompagnées sur cette difficile partie : un genre de Raramuri balai, si vous préférez !

Comme il a dû rire intérieurement en me voyant glisser sur les sentiers, poussant des petits cris, avec ma jupette déchirée !

Tantôt droite dans mes baskets, tantôt sur les fesses, j’ai avalé les kilomètres, rongeant mon frein lors des portions vertigineuses.

Mais le plus dur n’allait pas être les sentiers à pic dominant le vide, mais la descente de la forêt de cactus.

Imaginez d’immenses cactus plantés sur une côte à pic dans un canyon : vous avez le toboggan le plus vertigineux au grand désespoir de la Bee.

L’alternative ?

Tu tombes et tu te rattrapes à un cactus en t’empalant dessus, ou tu arrives sain et sauf après avoir récité cent « Ave pater » et 400 « Ave Maria ».

À ce moment là, Jacques Dutronc a du souci à se faire : pour me donner du courage, j’entonne la célèbre chanson « Les cactus », faisant esquisser un sourire à Lolo.

Je descends en même temps sur les fesses – que je serre d’ailleurs très fort -, agrandissant mon trou – est-ce possible ?- déjà énorme sur la jupette.

Une descente vertigineuse qui semble sans fin : le cauchemar !

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Soudain, en contrebas, un pont : LE pont !

Qui veut la mort de la Bee ? Ce cauchemar ne s’arrêtera donc jamais ?

J’arrive enfin sur du plat, Émilie m’attend : je me sens épuisée nerveusement.

Elle m’annonce que l’épreuve du pont arrive – on se croirait dans un jeu familial de la TV, genre « Fort Boyard » !

Étrangement, je ne me sens pas trop mal, boostée par le précédent challenge relevé : la fatigue nerveuse a-t-elle anesthésié ma perception du danger ?

Nous escaladons un gros bloc de béton à l’aide de câbles maintenant le pont, et à peine ai-je le temps de dire « ouf ! » que nous nous retrouvons sur des planches branlantes : de vrais Indiana Jones au féminin !

J’applique tant bien que mal les consignes de ma sophrologue Morgane – ah ! Les ponts virtuels me reviennent en mémoire ! – et l’exercice se passe plutôt bien, puisque nous évoluons assez rapidement sur cette balançoire tant redoutée.

J’arrive avec soulagement de l’autre côté du pont, encouragée par Émilie : je finis dans ses bras, épuisée mais heureuse.

À en croire le road book, nous venons d’effectuer la portion la plus difficile : nous reprenons donc notre route, confiantes…

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À suivre…

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Merci pour vos retours.

Une Bee sur les terres des Raramuri Part IV : seuls au monde !

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Mardi, je vous laissais sur votre faim, aux portes de la fameuse Barranca del Cobre : la Bee venait effectivement de franchir un premier pont suspendu, avant d’emprunter le « sentier touristique » partant de Divisadero et surplombant les canyons.

Nous avons cheminé avec légèreté sur cette promenade, sondant d’un oeil les vertigineux canyons dans lesquels nous allions descendre : notre terrain de jeu pour les quelques jours à venir.

Avez-vous déjà eu l’impression d’être face à un obstacle insurmontable ?

La première fois que j’ai vu le massif de la Chartreuse – en préparation de l’UT4M, un bloc minéral posé sur des prairies, je me souviens avoir dit à mon coach trail Nicolas : « Mais il est impossible d’accéder à ce sommet ! ».

Comme vous le savez, je suis Limousine et ai des origines bien terriennes : le milieu montagnard m’était jusqu’à l’année dernière inconnu.

Je disais détester la montagne parce qu’elle me faisait peur, parce que j’avais le vertige et que dans mon esprit, on montait presque en escaladant pendant les courses.

J’ai découvert cet univers avec un amoureux de la nature et après avoir fait tout un travail sur mon vertige que j’ai d’ailleurs poursuivi pour l’Ultra Run Raramuri : mon expérience sur l’UT4M a été une vraie révélation.

Je me suis rendu compte qu’on ne descend pas en rappel sur les trails et qu’on ne fait pas de l’alpinisme, qu’on se le dise !

Ouf, parce que je ne me sens pas encore vraiment prête pour cela comme vous vous en doutez.

Mais mon expérience dans cette Baranca dépassait véritablement tout ce que j’avais pu imaginer…

Un quatuor déterminé

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Si les douze premiers kilomètres nous ont semblé plutôt aisés, Jean-François nous avait prévenus de ne pas trop nous emballer : il est difficile pendant les 82 premiers kilomètres de courir, d’autant plus que le parcours est hors-piste.

De notre point de départ, notre hôtel Lolita Cabanas, jusqu’au CP1 à Guitayvo, nous avions 35 kilomètres à parcourir : ils nous ont permis de prendre la mesure de ce qui nous attendait…

Dans l’euphorie du départ, la Bee s’est senti pousser des ailes jusqu’au parking du téléphérique, mais en quittant la piste, elle a vite pris conscience de ce qui l’attendait : après un terrain sablonneux, le parcours s’est vite transformé en amas de rochers – un remake des 25 bosses de Fontainebleau, mais avec beaucoup beaucoup plus de bosses ! – et nous avons abordé une montée de plus de 10 kilomètres, très difficile.

Des groupes se sont créés spontanément : nous avons formé un quatuor infernal, Delphine, Benoît, Bertrand et moi, alternant course sur les portions de descentes et à peu près plates, et marche rapide dans les rochers et les montées.

Notre bonne humeur et notre excitation nous ont permis de cheminer en plein cagnard sans trop souffrir dans un premier temps.

Par forte chaleur, la principale difficulté réside dans l’hydratation : pendant le Half Marathon des Sables de Fuerteventura, j’avais pris conscience de l’importance de boire quelques gorgées régulièrement, sans attendre la sensation de soif.

La chaleur étant assez accablante, j’ai sagement respecté un écart d’une dizaine de minutes entre chaque gorgée. J’avais pris 2,5 litres d’eau ce qui me paraissait amplement suffisant.

L’une des difficultés de l’Ultra Run Raramuri réside dans le fait que les CP sont très éloignés les uns des autres : en s’hydratant correctement, il est donc difficile de les atteindre sans avoir rechargé ses gourdes dans des points d’eau indiqués sur le roadbook.

On est bien loin du confort de la plupart des courses où l’eau est disponible dans des ravitaillements fort rapprochés !

J’ai découvert l’utilisation des pastilles Micropur qui donnent un goût de piscine fort chlorée à tes bidons et à ton eau, mais qui sont indispensables au regard des eaux croupies – je n’ose repenser à ce trou d’eau avec une bouse dans lequel j’ai dû recharger !- qui constituent les seules réserves.

Nous avons parcouru de magnifiques paysages, dont cette fabuleuse arche rocheuse sur la photo…

Si beaux que la Bee contemplatrice que je suis a laissé très vite son esprit rêvasser : erreur fatale !

J’ai appris malgré moi que sur une course en hors-piste de cette teneur, une erreur d’attention peut être fatale : vers le vingtième kilomètre, mon pied, dans une descente, a heurté un énorme rocher, engendrant une douleur intense et lancinante.

Un cri de douleur ! Un échange de regards ! Delphine a compris que l’incident est sérieux. Je ne dis rien – par fierté ? Orgueil ? – mais je comprends et je sens à ce moment là que ma course a des chances d’être compromise.

Delphine ne dit rien, mais a le même ressenti : elle m’avouera plus tard avoir préféré se taire pour ne pas en rajouter, je l’en remercie d’ailleurs.

Avez-vous remarqué, dans certaines situations, comme nous sommes bons donneurs de leçons ?

Lorsque mon fils, intrépide, jouait au cascadeur dans les premières années de sa vie et prenait d’impressionnants gadins, je contenais mon anxiété en n’accordant en apparence que peu d’importance à ses petits accidents, alors qu’au fond de moi, je bouillais d’inquiétude : parfois, il se relevait et faisait abstraction du bobo, parfois il fallait appeler le 15 !

La stratégie de Delphine, digne de celles que je pratiquais avec mon chérubin, a bien marché : tout le monde a repris la course, sans rien dire.

Que faire ? Je n’allais tout de même pas rendre les armes au début d’une si merveilleuse aventure ?

J’ai essayé de bouger mon orteil tout en courant, une douleur insupportable traversait mon pied : fracture ? Non, ma souffrance semblait plutôt venir de l’ongle.

Mon côté Bee girly s’est alors réveillé : zut ! J’étais quitte à avoir un ongle noir dans le meilleur des cas, ou un orteil à vif.

Adieu les pieds de Bee sexy sur la plage cet été ! Il allait falloir user de ruses.

J’ai chassé mes idées négatives en me concentrant sur le parcours et les paysages aux alentours : une nature à la fois hostile et intrigante, sauvage, avec un sol jonché de roches coupantes.

Mais le paradis se mérite et il nous restait quelques kilomètres avant de l’atteindre…

Un premier CP ombragé

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Nous sommes parvenus sous une chaleur écrasante au CP1 de Cuitayvo, après avoir longé un immense plateau.

Les Indiennes présentes nous ont proposé un verre de coca, de la viande séchée et des pots de soupe déshydratée.

Nos comportements sont parfois surprenants lors de telles aventures : on ôte ses barrières, on bouleverse ses convictions, on se révèle.

Je ne bois jamais de coca, par goût et parce que cette boisson est liée à un souvenir traumatisant.

Mais avec cette chaleur et mon ventre gargouillant depuis plusieurs heures, j’ai suivi mon intuition : quel bonheur de sentir la fraîcheur de cette multitude de petites bulles !

Sujette en temps normal aux problèmes d’intestins sur les ultras, j’ai l’impression que d’avoir bu quelques verres pendant la course a eu un effet bénéfique. J’ai aussi pris un pot de soupe déshydratée, plus pour m’alimenter que par goût.

Puis je suis allée voir les petits indiens qui jouaient sous les arbres de ce CP : une conversation muette par gestes, quelques échanges de regards empreints d’une curiosité réciproque. Une photo !

Nous n’avons pas fait une trop longue pause, car nous avions un objectif commun très clair en tête : lorsque Jean-François nous avait détaillé le roadbook quelques jours plus tôt, un point avait retenu toute notre attention.

Nous devions en effet nous rendre au fond d’un canyon où serpentait un magnifique rio, aux eaux pures et limpides et nous avions pour ambition d’y arriver avant la tombée de la nuit, d’autant plus qu’il fallait le traverser à l’aide d’une corde sur environ 300 mètres.

Jean-Pierre Giorgi qui avait fait la course l’année précédente m’avait fait rêver en évoquant ce passage : mon imagination avait immédiatement replongé dans les classiques étudiés au lycée avec le mythe du bon sauvage.

Imaginez le privilège de se retrouver dans un tel endroit, au milieu – ou plutôt au fond – de nulle part, foulé seulement par une poignée d’hommes !

Deux journalistes, venues faire un reportage sur la course, Emma et Fabienne, ont décidé de nous accompagner entre les 2 CP, mais chargées de leur matériel, nous les distançons assez rapidement.

21 kilomètres nous séparaient du CP2 que nous comptions atteindre vers 21 heures.

Nous avons foulé un superbe parcours, très technique et très glissant, en descente.

Une fois de plus, pas question de laisser son esprit divaguer : un deuxième heurt dans un rocher m’a rappelée à l’ordre et a amplifié ma douleur à l’orteil déjà bien présente.

La chaleur me tape sur le système, je bois plus de gorgées espérant rapidement atteindre le paradis tant attendu pour faire des réserves.

Mais si à maintes reprises on en a entendu le doux ruissellement, nous ne l’avons atteint que tardivement.

Je trébuche plus fréquemment et sens la déshydratation poindre : je n’ai plus d’eau et pas le moindre point indiqué aux alentours par le roadbook.

Delphine me donne une petite gourde : est-ce la douleur ou la chaleur qui m’ont fait perdre la notion du temps ?

Alors que je m’interroge sur ma gestion de l’eau, Delphine m’appelle : elle vient de trouver notre championne, Catherine, en larmes, en contrebas du sentier.

Cette dernière, dépitée, nous explique qu’elle a eu un coup de chaud, une insolation et qu’elle ne sait si elle va poursuivre l’aventure.

Nous la motivons pour qu’elle vienne avec nous jusqu’au rio qui est proche : nous sommes tous pressés d’arriver à ce paradis…

Au coeur du paradis

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Enfin, nous l’atteignons et il est à la hauteur de mes espérances : imaginez un sable blanc, sans traces, baigné par le clapotis du rio, parsemé de quelques rochers. Une nature vierge.

Cette image restera longtemps gravée dans ma mémoire et donnera certainement lieu à bien des séances de méditation.

Nous nous arrêtons et j’en profite pour étancher ma soif : j’étais au bord de la déshydratation et ce cours d’eau salvateur, le rio Urique, m’a comblée.

Il est malheureusement trop tard pour songer à se baigner – un de mes délires de Bee déjantée – car nous allons reprendre de l’altitude pour aller jusqu’au CP2 et les nuits sont fraîches, mais nous nous consolons en nous disant que la traversée du rio avec la corde nous servira de séance de cryothérapie.

Bertrand enfile ses aquashoes – un moment mémorable qui lui a valu quelques boutades – alors que le reste de la troupe décide de garder ses chaussures : intérieurement, je me dis que la fraîcheur de l’eau peut avoir un effet anesthésiant sur ma douleur.

Je profite pleinement de cette traversée, semblable à une exploratrice des temps modernes qui découvrirait une terre inconnue.

L’eau qui m’arrive à mi-cuisse réconforte et apaise mes muscles endoloris.

Pour mon pied, c’est une autre histoire !

Catherine me demande de l’aider à remettre ses chaussures, ses crampes lui génèrent des douleurs insupportables. Je lui donne les derniers cachets de mon tube de Sporténine.

Puis nous décidons d’avancer avec Delphine et Benoît, comme la nuit descend peu à peu dans le canyon : nous allumons nos frontales pour gravir une longue montée très éprouvante de 8 kilomètres.

La fatigue se fait sentir, les pauses sont plus rapprochées : nous essayons avec Delphine d’alterner pour la reconnaissance du sentier.

Nous nous perdons un peu mais finissons par apercevoir les lumières du village : elles nous semblent proches, mais les apparences sont trompeuses.

Je suis éreintée et n’ai qu’une hâte : manger.

Je me rends compte que la configuration du parcours a changé : nous évoluons sur des singles fort étroits et même si je ne distingue pas grand chose, je sens que le vide est proche.

Quelques kilomètres plus loin, nous distinguons la silhouette et la voix de Charlotte, une des charmantes étudiantes kinésithérapeutes sur la course, qui vient nous accueillir.

Il est 20h15 et nous décidons avec Benoît et Delphine de faire une pause d’une heure avant de repartir et de courir à la fraîche.

Mais les choses ne vont pas totalement se passer comme prévu…

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Suite à venir…

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Une Bee sur les terres des Raramuri Part III : un départ sur les chapeaux de roues !

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Dans la partie précédente, je vous contais ma rencontre avec les Raramuri et mes préparatifs pour la course. Je reviendrai d’ailleurs bientôt avec davantage de précisions sur le contenu de mon sac et mes incontournables gourmandises, grigris, etc.

La journée du 23 avril a été consacrée à un brief, à une rencontre dans le vif du sujet avec les Raramuri, à une cérémonie de remise des dossards, mais aussi à du repos : il faut bien récupérer après un tel voyage – 8 heures de décalage horaire laissent des traces ! – sans compter le fait de devoir s’acclimater à l’altitude et aux températures !

Mais lors de cette veille de course, mon côté Bee épicurienne rejaillit : j’ai envie d’en profiter !

La pile est en marche et l’idée d’une sieste ressourçante s’évanouit bien vite pour laisser place à une marche active avec Mimi pour se rendre au bar de Divisadero, à une dizaine de kilomètres de notre hôtel.

Mais ce que je ne sais pas encore, c’est que cette sortie aux allures touristiques et aux apparences légères va me faire glisser d’emblée dans une situation cauchemardesque…

Un pont c’est tout !

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Après avoir chantonné et déliré sur la route sablonneuse menant à Divisadero, évité quelques meutes de chiens, photographié sous tous les angles une station de gare du fameux El Chepe, nous sommes allées prendre un pot avec Mimi pour nous détendre et avons retrouvé Sander et Mehidy au bar, qui avaient eu la même idée.

Mais au moment de partir, nous avons voulu reconnaître un bout du parcours, tranquillement, tout en rentrant à l’hôtel.

Je ne savais alors pas que ce retour allait me confronter à ma plus grande terreur : le vide !

Un pont suspendu se trouvait effectivement sur notre chemin, dominant un précipice vertigineux – je ne pense pas exagérer en disant cela, puisque tout le monde a avoué par la suite n’avoir pas été rassuré.

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Excédée et en proie à une terreur profonde, je maudis ouvertement Jean-François qui n’a pas fait état de ce pont dans son roadbook, mais Sander et Mehidy me réconfortent en me disant qu’il est possible de le contourner.

Rassurée, je prends sur moi et mets en place les techniques de respiration apprises lors de mes séances de sophrologie avec Morgane : je crée ma bulle et tente de trouver une certaine sérénité.

Mais avant de comprendre quoi que ce soit, Mehidy me tend la main et m’entraîne sur le pont de la mort, au-dessus d’un vide aspirant.

Mes jambes flageolent, mon petit coeur de Bee bat la chamade, menaçant de crever ma cage thoracique, je me concentre sur ma respiration et sur la voix rassurante de Mehidy qui tente de détourner mon esprit vers d’autres sources d’intérêt.

Suis-je en train de lui broyer la main comme j’ai pu le faire avec le bras de Nicolas, inconsciemment, lors de ma reconnaissance de l’UT4M à Chamechaude, l’année précédente ?

En situation de vertige, je ne maîtrise rien, je perds pied : un genre de syndrome de la Tourette mêlé soit d’agressivité – relative quand même – soit de dérision.

Imaginez un cocktail détonant avec des conséquences difficiles à maîtriser…

Je respire profondément, sens les plaques du pont qui bougent, me promets de recompter chacun des doigts de Mehidy si je sors vivante de ce passage et de lui payer, s’il le faut, une greffe pour ceux qui seraient manquants au bout du compte…

Mais je touche, avant même d’envisager le pire, la terre ferme.

Je l’ai fait ! I did it ! Un moment grisant…

Moi qui n’étais pas capable de monter sur une chaise, un an et demi auparavant, je viens de franchir un précipice !

Je n’ai qu’une hâte : raconter cet exploit personnel à Jean-François qui me félicite et me réconforte en me disant que le pont mentionné entre le CP2 et le CP3 n’a rien à voir…

Forte de cette nouvelle expérience, je me sens pousser des ailes et me dis que la partie est déjà un peu gagnée.

Mais un pont peut en cacher un autre, et l’euphorie de ma récente victoire personnelle cède place à la panique et aux cauchemars pendant la nuit : je n’ai pas peur des kilomètres, mais imaginons que j’abandonne à cause d’un simple pont ? Ce pont que j’imagine depuis plusieurs semaines tenant entre deux cordes et n’offrant un passage pas plus large que l’un de mes pieds ?

Je ne peux trouver un sommeil serein, trop excitée à l’idée de prendre le départ d’une telle aventure, mais gardant aussi en tête qu’il me faudra passer plusieurs obstacles qui mettront mes nerfs à rude épreuve.

Un départ retardé…

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Au petit matin, je me lève avec cette impression qui ne me quitte pas depuis plusieurs semaines : celle d’être éreintée après avoir franchi une multitude de ponts et de précipices !

Combien mon esprit aura souffert dans mes cauchemars, et que mes jambes auront gambadé !

Avant de rejoindre le groupe dans la salle du petit-déjeuner, je fais mes derniers choix, sans sourciller : tant pis pour la doudoune, elle m’attendra sagement à l’hôtel, si je parviens à franchir la ligne d’arrivée !

L’amplitude thermique risque d’être dure à gérer, mais je préfère prendre le risque d’avoir un peu froid – au pire je me dis que je courrai la nuit au frais et réduirai le rythme en journée – plutôt que de trop me charger.

Avec Mimi, nous profitons en totale décontraction – du moins apparente – de ce dernier petit-déjeuner des condamnées à partir à l’aventure : nous nous régalons de pinoletas faites maison – ce sont de petites galettes de maïs qui sont la spécialité de Chihuahua – de pancakes et de toasts grillés.

Je bois bien évidemment la potion verte de mon partenaire Boa Mon Jus pour faire le plein d’énergie.

Derniers instants dans notre monde moderne et civilisé – un bien grand mot me direz-vous quand on pense à toutes les atrocités qui y sont perpétrées !

Jean-François nous apprend alors que la course va être retardée d’une heure.

Étrangement, cela ne m’affole pas : on sera bien assez tôt dans l’arène, alors autant tourner un peu dans nos cages avant.

sandales

Je croise les Raramuri vêtus de leur genre de pagne et de leurs tuniques colorées : je prends alors conscience qu’un challenge hors du commun se prépare.

Nous allons courir contre de véritables extraterrestres chaussés de bouts de pneus – certes, il s’agira de Michelin pour certains ! – ou de sandales de plage et vêtus de simples bouts de tissus, qui vont nous pulvériser sportivement, nous qui arborerons des chaussures aux amortis dernière génération, des vêtements ultra techniques et qui transporterons le parfait petit matériel du traileur endurci, pour effectuer le parcours en doublant leur temps !

La situation me paraît tout à coup des plus cocasses, cherchez l’erreur !

Mais il n’est plus temps de laisser son esprit divaguer : le jour vient de se lever sur Divisadero, il est bientôt 7 heures et nous devons gagner le départ.

Une folle ambiance s’empare alors du groupe : émotion, embrassades, rires, stress, excitation s’entremêlent sur cette ligne de départ… jusqu’au top qui nous permet de voir nos adversaires colorés partir sur un rythme effréné, avant de ne devenir que de minuscules points à l’horizon…

En route pour les canyons !

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Quelques kilomètres nous séparent de la Barranca del cobre et nous commençons notre périple sur une route large, au milieu d’habitations.

Nous courons tranquillement pour nous mettre en jambes : seule Catherine, vêtue de sa petite jupette, s’est détachée du groupe, collant aux jupons longs des Raramurettes.

Les conversations vont bon train et les groupes se forment peu à peu, jusqu’à la fameuse ambulance de Divisadero que nous devons contourner et qui nous permet de voir l’avancée de la course.

Nous apercevons enfin la somptueuse Barranca, minérale, qui semble nous lancer un appel : l’aventure est à nos pieds, nous ne l’avons encore jamais foulée d’aussi près.

Je n’ai alors qu’une obsession en tête : le pont de la veille !

Il faut absolument que j’accroche le groupe et que je ne me retrouve pas seule à franchir ce premier obstacle éprouvant.

Delphine chemine à mes côtés et perçoit certainement mon appréhension en me disant que nous serons plusieurs et que ce ne sera pas plus dur que la veille.

Mais mes entrailles et mon esprit ont imprimé ce souvenir traumatisant et me rappellent à l’ordre.

Je me concentre sur ma respiration et des visualisations positives à l’approche de l’obstacle, mais une main familière vient chercher la mienne pour me guider et me rassurer : Mehidy a une fois de plus pris les devants et le premier pont, bien qu’impressionnant et marquant l’entrée dans les canyons, ne devient alors plus qu’une formalité…

L’aventure peut commencer dans la Barranca…

À suivre…

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Je vous remercie par avance…