Gérer ses sorties longues dans le cadre d’une préparation pour un ultra n’est pas toujours chose aisée : en cette période printanière, les challenges pullulent et bien des entraînements se font en solitaire, car les amis n’ont pas toujours les mêmes objectifs.

Mais courir seule demande une réelle motivation, d’autant plus quand on s’embarque dans une promenade nature de plusieurs heures et qu’on sort d’une semaine chargée avec son lot de contrariétés, qu’il faut gérer sa vie de famille et parfois une dette de sommeil bien entamée.

Courir avec des amis peut booster notre motivation.

Aussi ai-je sauté sur l’occasion pour accompagner ce dimanche mon amie Stéphanie, lors d’une belle balade en Normandie de plus de 55 kilomètres et 1950 de D+ : le Trail des deux amants.

À moins d’un mois de mon ultra trail en Espagne dans le parc naturel du Garraf, ce challenge tombait à pic !

Au programme de cette promenade dominicale, faire du volume en bonne compagnie, prendre du plaisir, mais aussi tester le matériel et l’alimentation que je prendrai sur l’Ultra Trail Barcelona le mois prochain…

Un trail au nom énigmatique

Cela faisait deux ans que nous avions envisagé avec mon amie de faire ce trail dans la région normande : nous trouvions que son nom prêtait à sourire et l’avions même rebaptisé « le trail des deux amies ».

Vous connaissez ma curiosité et mon attrait pour les trails aux noms un peu farfelus : j’aime parfois m’y inscrire rien que pour leur appellation !

Mais que pouvait-il bien se cacher derrière un tel nom ? Qui ou que sont ces deux amants ?

Dans une région montagneuse, on peut effectivement s’attendre à des noms d’aiguilles, de roches ou de monts escarpés derrière lesquels court une légende.

Mais hormis des falaises abruptes, la Normandie ne possède pas vraiment ce type de relief.

Un traileur avisé a bien vite éclairé ma lanterne : la course tient son nom d’une côte, celle des deux amants.

Il s’agit d’un lieu notable de la vallée de la Seine, dressée entre les vallées de l’Andelle et de la Seine, près de Pont-de-l’Arche.

Il faut remonter au Moyen Âge et parcourir les lais de Marie de France pour découvrir l’histoire de deux jeunes gens amoureux qui ont connu un destin tragique.

Selon la légende, le seigneur de Pîtres aurait décidé d’accorder la main de sa fille Calliste à un prétendant assez robuste pour la porter jusqu’au sommet de la côte boisée et escarpée. L’un deux tenta sa chance, mais expira au terme de sa course et laissa choir la belle qui mourut à ses côtés.

Le ton était donné : il fallait s’attendre sur le parcours à une côte digne de ce nom, mais hors de question pour Stéphanie ou moi de se porter l’une ou l’autre en haut de cette fameuse côte !

La Normandie, un plat pays ?

Ayant eu maintes préoccupations ces derniers temps, je n’avais guère fait d’investigations sur le profil de la course : je suis partie uniquement en sachant qu’il s’agissait d’un 55 kilomètres affichant 1950 de D+.

J’ai découvert la Normandie en arrivant en région parisienne, il y a sept ans.

Si certains coins dans lesquels je m’étais promenée sur la côte présentaient de jolies falaises abruptes – Étretat, Varengeville… – je n’avais jamais fait attention au caractère vallonné des terres, encore moins en longeant la Seine !

Mais mon amie m’avait vanté les beaux panoramas sur le fleuve depuis les monts, je savais donc que notre escapade n’allait pas être de tout repos.

Jugez-en plutôt par le profil de la course que vous pouvez retrouver via ce lien !

Mais de là à imaginer des sentiers aussi raides !

Certes le D+ n’est pas comparable à celui de la montagne, mais il n’a pas démérité : plusieurs traileurs ont déchanté en abordant ambitieusement de véritables montées casse-pattes !

Combien ont dû faire une pause en arrivant au belvédère surplombant les boucles de la Seine !

Quant à la côte des deux amants, elle est interminable !

Pas étonnant que le pauvre homme soit décédé en atteignant le sommet après avoir porté sa belle !

J’ai maudit et adoré ces singles charmants serpentant sur ces falaises calcaires, le côté masochiste du traileur.

Chaque côte en valait la chandelle : après l’effort, un panorama à couper le souffle nous attendait alors que nous dominions la Seine.

Nous avons ainsi alterné pendant 55 kilomètres paysages bucoliques à travers champs – pas de crise d’asthme à signaler pour la Bee lors de la traversée des champs de colza ! – sous-bois, tourbières et falaises calcaires.

Un véritable enchantement pour les yeux !

Mes impressions de Beerunneuse

Cette course, inscrite dans ma préparation de l’UTBCN 2019, n’a en rien déçu mes attentes : j’ai pris un maximum de plaisir sur un parcours technique et exigeant.

Je n’ai que peu de bémols à signaler : la première portion de la course, soit 4 kilomètres qui suivent les chemins de halage, est répétitive et on ne court quasiment que sur du bitume.

Un habitué du challenge nous a en plus un peu cassé le moral en nous disant qu’on empruntait la même voie au retour, après 51 kilomètres. Une perspective peu engageante !

Inutile de vous dire que j’ai trouvé ce tronçon long, moi la Bee amoureuse des sentiers, d’autant plus que la route était ouverte aux véhicules.

Le parcours emprunte un certain nombre de sentiers à travers champs qui paraissent interminables : si je suis une contemplatrice, j’aime les paysages variés, or certains passages étaient assez monotones.

Mais cette partie champêtre a aussi su me séduire par ses couleurs : nous avons découvert une véritable palette de verts, des tapis de verdure souvent tachetés de jaune, qui cédaient ensuite la place à des sous-bois odorants, des tourbières, puis des falaises.

À signaler l’excellent balisage rose fluo qui jalonnait précisément le parcours à emprunter.

Mention spéciale également aux bénévoles et aux supporters dont les sourires et les encouragements étaient d’un réconfort absolu : que dire de cette maman et de sa fille que nous avons retrouvées à plusieurs reprises et dont l’enthousiasme faisait plaisir à voir !

Comme la course était en semi-suffisance, les points de ravitaillement n’étaient pas nombreux mais proposaient une grande variété de mets et de boissons : j’ai dénombré 4 ravitaillements liquides – un cinquième a même été proposé avant une montée – et deux solides.

À noter la présence de kinés en fin de course qui ont massé nos petites gambettes bien sollicitées et la possibilité de prendre une douche à la fin de l’épreuve.

Nous avons passé un très bon moment entre copines et avons trouvé tout au long du parcours qu’il y avait un vrai esprit trail : de la convivialité, de la passion, de l’entraide, du partage et du plaisir.

Ma conclusion de Beerunneuse

Ce trail long, à seulement une heure quinze de Paris, est une course idéale pour préparer son ultra, puisqu’il combine dénivelé, sentiers variés et techniques.

Le 55 kilomètres est de plus intéressant si vous préparez l’UTMB, puisqu’il apporte trois points qualificatifs.

Mais rassurez-vous, il est possible de se faire plaisir sur de plus petites distances, car l’organisation propose plusieurs challenges, dont un nocturne.

On peut même venir en famille et faire participer les enfants à un petit défi !

Un challenge que je recommande donc vivement !

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