
Le Grand Raid du Finistère n’est pas une course comme les autres : c’est en effet une aventure, une traversée engagée du Finistère, un véritable face-à-face avec soi-même.
En septembre dernier, j’ai eu l’honneur de prendre le départ du 56 km Grand Raid du Finistère, un trail aussi exigeant que magnifique. Une superbe occasion de vivre une aventure made in Breizh, après avoir découvert une bonne partie du territoire grâce à Brest Terres Océanes (vous pouvez retrouver mon reportage écrit à cette occasion ici).
À l’heure où les inscriptions pour la prochaine édition s’apprêtent à ouvrir, j’ai jugé opportun de vous faire mon retour d’expérience.
La particularité majeure de ce raid ? Aucun balisage, aucun ravitaillement. Juste une trace GPX, les GR34 et 37… et l’océan pour compagnon de route.
De Camaret-sur-Mer à Telgruc, cette traversée d’une partie du Finistère a mis à l’épreuve autant nos corps que nos esprits Terrain cassant, orientation parfois délicate et météo bretonne fidèle à sa réputation, tous les éléments étaient réunis pour vivre une aventure brute, sauvage et inoubliable dont voici le récit…
Quatre distances pour sillonner la presqu’île de Crozon

Cette année, le Raid avait lieu à la mi-septembre. Je suis arrivée quelques jours avant pour découvrir la région de Brest et la presqu(‘île de Crozon et rédiger mes posts et articles pour vous la faire découvrir.
4 distances étaient proposées sur ce Grand Raid du Finistère :
- Le Grand Raid : 166 km / 3700 D+ en relais ou solo
- La Lanvéoc : 92 km / 2100 D+
- La Camaret : 56 km / 1200 D+
- Le Sprint GRF : 14 km
Comme je savais que le reportage que je préparais allait être dense, j’ai préféré m’aligner sur la distance de la Camaret… Et je ne l’ai pas regretté. Je pense que vous comprendrez en lisant mon reportage bien documenté et rempli.
Un trail sans balisage et sans ravitaillement

L’une des grandes particularités de cette course (et non des moindres) est qu’elle s’effectue sans balisage et sans aucun ravitaillement. Les bâtons sont également interdits (il y a 1730 de D+).
Cela implique une gestion totale de l’effort, de la navigation et de l’alimentation. Il faut donc savoir lire une trace, anticiper, être autonome et lucide, même dans les moments de fatigue.
C’est un vrai trail d’aventure, brut et authentique, fidèle à l’esprit du Finistère.
J’avais déjà vécu ce type de conditions sur mes ultras, notamment sur mon 200 km non-stop au Mexique et mon 250 km en Inde. Sur une plus petite distance, cela ne m’effrayait donc absolument pas. Je sais ô combien les kilomètres qui s’accumulent peuvent dérégler nos perceptions si on s’alimente mal.
Une météo bretonne dans toute sa splendeur

j’avoue avoir eu quelques craintes en arrivant le matin à Telgruc sous de jolies rafales de vent et un beau crachin breton !
Commencer mouillée comme un rat et ce pour plusieurs heures de course ne fait pas partie de mes conditions préférées.
Avec deux copines rencontrées sur le parking, nous avons enfilé nos vestes de pluie et avons commencé à plaisanter pour apporter un peu de légèreté. Nous nous sommes bien serrées dans la navette et avons pris le temps d’en descendre avant de gagner le point de départ ! Grapiller chaque moment pour rester au chaud et sécher un peu était bienvenu.
Nous avons trouvé refuge sous un paravent près de l’arche du départ, mais nous avons alors pris conscience que la partie allait être dure lorsque la grêle s’est mise à tomber.
Je crois n’avoir encore jamais pris un départ aussi gris et humide.

Impossible de vous dire à quoi ressemble le port de Camaret et sa célèbre Tour Vauban, tant j’ai dû plisser les yeux pour avancer sur la digue.
Mais les conditions météo se sont vite détériorées dès le premier cap : dès la Pointe du Grand Grouin (j’ai l’impression que dans chaque coin de Bretagne, on trouve un Grouin), des rafales de vent impressionnantes sont venues nous bousculer, rendant notre progression difficile. J’ai plusieurs fois eu l’impression que j’allais être projetée à terre, maintenant tant bien que mal mon équilibre sur les sentiers rétrécis.
Pour être franche, je n’ai guère pu profiter pleinement des panoramas sur les premiers caps, ce qui a engendré une extrême frustration.
Heureusement, une accalmie est survenue après une bonne heure, et même si la lande bretonne était encore balayée par les rafales, le soleil a fait son apparition : j’ai enfin pu contempler les somptueuses couleurs de la côte.
Dans la deuxième moitié de la course, lorsque nous étions dans des sentiers plus abrités, j’ai même trouvé qu’il faisait chaud.
La Bretagne n’aura pas détoné quant à sa réputation des quatre saisons sur une seule et même journée !
Des émotions fortes, des hauts et des bas

Inutile de préciser que ce raid a généré de véritables montagnes russes émotionnelles chez la Bee.
Après les quelques jours précédents, durant lesquels j’ai découvert une bonne partie du territoire du Finistère, je suis arrivée sur la ligne de départ quelque peu cuite. Plus de 30 kilomètres de trail, deux heures de stand up paddle dans la rade de Brest, et une randonnée de plus de 4 heures la veille sur la Presqu’Île de Crozon, les gambettes de la Bee étaient déjà bien éprouvées.
Mais ce n’était rien à côté du parcours qui m’attendait : il n’y a presque aucun répit sur ce GR34, entre les racines, très peu de portions plates, des successions de montées et de relances et des sentiers techniques parfois piégeux, chaque kilomètre se mérite, chaque foulée demande de l’attention.
Que dire des nombreuses marches et des sentiers en dévers qui jalonnent certaines portions ?
J’ai connu de véritables moments d’euphorie, portés par la beauté sauvage des paysages côtiers, mais des moments de doute aussi, avec cette envie d’abandon qui s’invitait parfois quand le corps fatiguait et que la météo s’acharnait.
Mais le mental a tenu bon. Il faut dire qu’il avait eu de la matière à revendre cette année, entre un long procès et des soucis de santé… Mais pas à pas, kilomètre après kilomètre, j’ai continué, justement pour savourer ces moments en pleine nature, comme je le fais depuis des années. Et je suis allée au bout, avec l’envie d’entendre résonner la cloche de l’arrivée… mieux que je n’aurais pu l’espérer car j’ai fini 1ère M3 et 14ème féminine.
Une organisation bien rodée

Si nous avons pu vivre cette expérience si unique de Grand Raid du Finistère, c’est grâce à une organisation exceptionnelle, engagée et passionnée : tout au long de la préparation, diverses newsletters aident véritablement les traileurs à prépare au mieux cette aventure hors normes.
Tout est passé en revue : matériel, parcours, se servir d’une trace GPX…
On comprend aisément ce souci de la précision quand on voit le parcours : il ne faut pas croire que la Bretagne est un plat pays sans aspects techniques. Pour bien des traileurs, seule la montagne est exigeante, or la Bretagne est exigeante à sa façon.
Pour avoir discuté avec pas mal de participants, tous étaient d’accord pour reconnaître que le raid était difficile. Pour certains, devoir gérer le D+ sans bâtons était éprouvant, beaucoup de portions étaient particulièrement techniques. Les conditions météorologiques n’ont pas facilité la tâche.
Mais cela faisait bien longtemps, depuis mon dernier ultra trail de 250 kilomètres, que je n’avais pas retrouvé une vision sincère du trail, et bon sang, il faut l’avouer, ça fait du bien de revenir à l’essence même de l’aventure en pleine nature !
Merci à François, l’organisateur, et à tous ses bénévoles, pour maintenir des conditions de course à taille humaine avec cet état d’esprit.
Ma conclusion de Bee

Le Grand Raid du Finistère est un trail qui laisse des traces…
J’étais amoureuse de la Bretagne, mais cette découverte du Finistère en baskets et sur l’eau m’a rendue complètement accro à ce territoire.
Ce grand raid m’a laissé des souvenirs puissants, parfois rudes, souvent magnifiques… Tout ce qui fait que je suis un jour devenue passionnée de trail, je l’ai retrouvé grâce à cette course. On est loin des foules innombrables de traileurs où les bouchons sont légion sur les sentiers, où la nature est dégradée au fur et à mesure des passages, où les ravitaillements transpirent le gaspillage.
Parfois je me suis retrouvée seule avec moi-même, parfois j’avais un compagnon de sentier avec lequel on partageait une forme de solidarité.
Sur cette course, j’ai douté, ri, pleuré, papoté, kiffé, souffert…
J’ai adoré l’arrivée à Telgruc au coucher de soleil, où malgré la fraîcheur, les vagues de l’océan sont un appel à la baignade… Un vrai coin de paradis.
Tout était juste, simplement…

Bonne nouvelle ! Les inscriptions pour la prochaine édition ouvrent prochainement : si tu aimes les défis, l’autonomie, les médailles en bois et les paysages sauvages, garde un oeil ouvert. Cette course pourrait bien te transformer…

Si tu souhaites plus d’informations ou laisser un commentaire, n’hésite pas !