Sortie de l'eau sur le triathlon de Deauville
La Bee sort de l’eau sur le triathlon de Deauville

Je vous ai laissés dans mon précédent article alors que j’étais « seule sur le sable, les yeux dans l’eau » sur le triathlon S de Deauville. Les aficionados des années 80 comprendront la référence !

Les minutes dans ce sas intermédiaire m’ont paru interminables, entre appréhension et orteils transformés en Mister Frizz.

Mais j’en ai aussi profité pour papoter avec les copains de challenge : il est en effet intéressant de partager ses expériences, ses ressentis, de rire un peu aussi pour se rassurer.

Un petit brief de l’animateur pour nous rappeler (au cas où nous ne l’aurions pas remarqué) que les températures sont vraiment très fraîches : il va donc falloir faire attention entre la sortie de l’eau, la transition et le vélo, afin de ne pas avoir de malaise ou autres déconvenues.

Puis le départ est donné : pas de départ en masse (un troupeau de 1 500 nageurs en plein COVID, ça peut faire tache !), mais en rolling start.

Alors je ne suis pas assez aguerrie pour comparer les ambiances entre les deux modes de fonctionnement. Mais trois secondes entre chaque envolée de nageurs, ça ne me paraît guère différent.

Je me rapproche de la fameuse ligne… Plus que trois vagues… Go !

UNE BEE DANS LA BRUME MATINALE DU TRIATHLON DE DEAUVILLE

La troupe de nageurs dans l'eau sur le triathlon de Deauville
Epreuve de natation sur le triathlon de Deauville

Le bras du bénévole se lève devant moi. Exit les orteils raidis par le froid !

Je franchis l’arche sans réfléchir et m’élance sous les acclamations de supporters massés sur la plage, la goutte au nez.

Je ne distingue pas la mer au loin recouverte de brume, encore moins les bouées.

Mais je cours sans me poser de questions, portée par l’ambiance générale.

J’ai l’impression que la plage est interminable (natation et course entre les arches, ma montre affichera 1 400 mètres !). Je fais attention à ne pas être trop rapide, car je dois ensuite gérer une partie difficile qui va pomper mon énergie : la natation en mer.

J’évolue au milieu d’un grand groupe silencieux, l’ambiance est étrange, tendue.

Je sens les premières vaguelettes déferler sur mes pieds : ça y est ! On y est !

C’est le moment tant redouté où il va falloir faire mes preuves.

Mais ce qui me surprend immédiatement, c’est la température de l’eau : en effet, mes orteils congelés brûlent à son contact. Le contraste est saisissant.

J’avance en courant jusqu’à avoir de l’eau au niveau des hanches.

Première inquiétude : je ne vois toujours pas les fameuses bouées rouges à contourner avec cette purée de pois.

Je respire, me mets dans ma bulle et m’allonge pour commencer à crawler…

Je prends alors conscience de ce que beaucoup m’ont décrit comme « une lessiveuse » ou « un tambour de machine à laver ». Les coups de bras pleuvent en effet sur ma tête, je coule et peine parfois à refaire surface.

Mais étrangement, je ne me sens pas angoissée. Je m’excuse (au début) quand je donne moi aussi des coups de moulinet sur les dos ou têtes, mais je me rends vite compte que c’est le jeu. Les politesses ne sont pas de mise.

EMBOUTEILLAGES AU LARGE !

Dans ce tumulte de corps en néoprène et de moulinets de bras, j’aperçois enfin une masse rouge à quelques mètres. Mes coups de massue deviennent plus fréquents et en relevant la tête, je me rends compte qu’un énorme bouchon s’est créé autour de la bouée.

Des bénévoles somment les nageurs de se décaler, mais il n’est plus possible d’avancer. Certains paniquent, d’autres s’élancent bien déterminés à passer par-dessus la masse.

Je souris en pensant à la tradition du « Pépito » dans les soirées festives. Je n’aurais en effet à aucun moment pensé que cela pouvait exister en mer !

J’ai un éclair de lucidité : plutôt que de rester dans ce goulet qui ne s’évacue pas, je décide de contourner la masse. Je ne suis pas venue pour faire un temps, je n’ai pas le niveau. Mais je ne veux pas non plus me faire griller par les barrières horaires sur la première épreuve.

La stratégie de contournement sera la bonne. Mais est-ce le brouillard ou une hallucination ? Je suis alors complètement désorientée. J’interpelle en effet des nageurs en leur disant qu’ils se dirigent vers le large, qu’on va droit vers l’Angleterre…

Ils rient, j’ai perdu toute lucidité. No comment !

J’aperçois alors des silhouettes qui se dressent dans la brume, au loin…

Quelques mètres, mes pieds touchent les fonds sablonneux…

Je n’y crois pas, j’ai réussi ma première épreuve tant redoutée. Je sors de l’eau comme flottant sur un nuage…

UNE ÉPREUVE DE VÉLO SURPRENANTE

Parc à vélos du triathlon de Deauville
Parc à vélos

Comme je vous l’avais précédemment dit, j’appréhendais les transitions : je ne m’étais en effet pas du tout entraînée.

Point positif : j’ai immédiatement retrouvé mon vélo dans ce dédale de caisses. Mais le temps de retirer ma combinaison, de sécher mes pieds, de mettre mon casque et mes chaussures, puis de trouver la sortie, quatre minutes s’étaient écoulées.

Me voilà partie sur les routes normandes et la chanson de Montand serait totalement appropriée à mon état d’esprit. J’avance tranquillement le sourire aux lèvres, pensant encore à mon exploit en mer.

Le parcours n’a pas trop de dénivelé sur sa première partie.

Mais arrive enfin une première côte sérieuse et là, je ne comprends pas ce qui se passe : je vois en effet plusieurs personnes qui mettent pied à terre ou se jettent dans le fossé.

La route est bloquée dans toute sa largeur. Je n’ose demander aux coureurs de se pousser et mets à mon tour pied à terre. Je perdrai pas mal de places sur l’épreuve, performant plus en montée qu’en descente.

Mais qu’est-ce que j’ai ri et fait rire ! J’ai ainsi découvert que faire du vélo était risqué, car on pouvait prendre des projectiles en pleine figure. J’ai généré un énorme fou rire dans le groupe en évitant une gourde et en comparant ma situation à celle de Mario Kart.

Epreuve de vélo sur le triathlon de Deauville
La Bee à vélo sur le triathlon de Deauville

Bon, comme vous l’aurez compris, j’ai un peu de boulot sur la petite reine, mais je ne désespère pas…

DE BELLES SENSATIONS EN COURSE SUR LE TRIATHLON DE DEAUVILLE

J’ai franchi la ligne du parc à vélos heureuse de ne pas avoir chuté, mais une épreuve tout autre m’attendait : la transition !

Panique à bord : ma natte s’est en effet coincée dans mon casque. Impossible de l’enlever !

J’ai bien cru que ma chevelure ébène de Bee vivait ses dernières heures. Mais une âme charitable est venue m’aider. Inutile de vous dire que j’ai perdu du temps.

Mais j’ai remis rapidement le moteur en marche et ai vécu un 5 kilomètres de folie. N’ayant pas tout donné sur les épreuves précédentes, j’en avais sous le pied.

J’ai en effet remonté plus de 150 coureurs et ai surtout apprécié le moment.

Quand je vois mon allure moyenne de 4’30, je suis satisfaite de mon parcours.

L’arrivée sur les planches avec les supporters qui crient ton prénom est juste magique.

LE MOT DE LA FIN

Epreuve de vélo sur le triathlon de Deauville
Arrivée du triathlon de Deauville

Vu les circonstances, je ne donnais pas cher de ce défi au final peu préparé. Je finis 519e sur 1450, mais ce n’est pas ce que je retiendrai.

J’ai vécu ce challenge sans pression, véritablement comme une découverte. J’avais en effet besoin d’un peu de légèreté à ce moment de ma vie. Peut-être aussi de me dire que je faisais cela pour moi.

Que de plaisir dans cette belle aventure !

Y en aura-t-il d’autres ? L’avenir nous le dira…

Je tiens particulièrement à remercier la Team Loubsol et l’organisation de ce beau triathlon pour m’avoir fait confiance.

N’hésitez pas à commenter ou partager cet article. Qui sait, il donnera peut-être envie à certains de se lancer…